Pyrénées : Le Pic du Midi contaminé par les microplastiques

Rémi Lanvin/Flickr

L’air pur des montagnes contaminé lui aussi par le plastique. Des chercheurs français viennent de confirmer la présence de microplastiques au sommet du Pic du Midi dans les Pyrénées, une découverte surprenante dans cet endroit isolé a priori des pollutions.

Des résidus d’emballages provenant des océans arrivent au sommet du Pic du Midi

Les chercheurs ont installé une pompe à air au sommet du Pic du Midi, à l’observatoire situé à 2877 m d’altitude. Ces filtres servent à capter les particules présentes dans cet air. 10 000m3 d’air sont captés par semaine pendant 4 mois, et c’est en analysant ces filtres que les microplastiques ont été retrouvés. Jeroen Sonke est chercheur au CNRS, au laboratoire géosciences environnement Toulouse et co-auteur de l’étude. Il explique qu’« on retrouve en moyenne 0,23 microplastiques par m3, soit un microplastique tous les 4 m3, le volume d’une petite voiture utilitaire ». La concentration est assez faible, 10, 100 voire 1000 fois moins élevée que celle retrouvée dans nos maisons ou dans les grandes villes, mais il s’agit quand même de microplastiques. Jeroen Sonke et ses collègues ont pu analyser pour déterminer leur composition : « polyéthylène, polystyrène, PET (le plastique qu’on retrouve dans les bouteilles de boissons gazeuses) ».

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Il s’agit donc majoritairement d’emballages, qu’on retrouve un peu partout dans l’environnement, sur les plages et dans les océans, et qui se retrouvent donc au sommet du Pic du Midi ! Les chercheurs français des mêmes laboratoires avaient déjà trouvé des microplastiques dans la neige des Pyrénées, mais jamais à cette altitude, puisque le Pic du Midi se trouve dans ce que l’on appelle la troposphère libre, c’est-à-dire l’air situé au-dessus des nuages. D’où viennent alors ces plastiques retrouvés aussi haut ? C’est là que les résultats de cette étude deviennent assez ahurissants, puisque les chercheurs ont pu retracer les masses d’air capturées dans leur pompe à air. Les microplastiques retrouvés au sommet du Pic du Midi venaient d’Afrique, d’Amérique du nord, sans doute des grandes villes, mais aussi de l’océan.

 

Les microplastiques peuvent être les vecteurs de microbes et de contaminants

Gael Le Roux, directeur de recherche au CNRS à l’université de Toulouse, co-auteur également de cette étude précise que certains plastiques viennent des océans, arrivent dans l’air via les embruns marins, et sont transportés à haute altitude jusqu’aux montagnes. « On a un cycle des plastiques qui sont transportés sur des centaines, voire des milliers de kilomètres », souligne-t-il, ajoutant qu’ils peuvent voyager plus de quinze jours à travers le globe, sur cette « autoroute atmosphérique » qui caractérise la zone au-dessus des nuages. La concentration retrouvée est assez faible, il n’y a donc pas de danger pour la santé, mais pour les écosystèmes pyrénéens jusque-là préservés, les chercheurs français s’interrogent. Car ils peuvent être les vecteurs de microbes, de contaminants qui vont impacter les étangs et les lacs de haute montagne. « Nous essayons de comprendre quel est l’impact de ces cocktails de pollutions », insiste Gael Le Roux. Le plastique est une pollution mondiale qui voyage jusque dans les pôles ou sur les plus hauts sommets du monde.

Baptiste Gaborit

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