Le Sénat a lancé le mois dernier une mission sur la sécurisation de la chasse, et le premier déplacement des sénateurs a lieu ce 20 décembre dans l’Ain, où ils suivent une battue au grand gibier. Cette mission parlementaire a été créée après le succès d’une pétition citoyenne.
Le collectif Un jour un chasseur a recueilli plus de 120 000 signatures
Cette pétition a été lancée par deux amies de Morgan Keane, ce jeune homme de 25 ans, tué le 2 décembre 2020, dans le Lot. Il a été abattu dans son jardin par un chasseur qui l’avait pris pour un sanglier. Quelques semaines plus tard, six de ses amies d’enfance ou d’étude lançaient un collectif, Un jour un chasseur, nous vous en parlions ici même en février dernier. L’objectif était de recueillir des témoignages. Près d’un an plus tard, les messages affluent toujours, une vingtaine par jour, Selon Mila Sanchez, co fondatrice du collectif. Elle note que le sentiment d’insécurité est particulièrement présent : « la peur d’aller se promener en forêt sur des chemins, en raison de battues qui ne sont pas signalées, d’attaques de chiens de chasse, de tirs proches ».
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Les témoignages font état d’intrusions sur des propriétés privées, de tirs dans des maisons, des chambres d’enfants, des salons, des jardins, mais évoquent aussi des blessures physiques. Avec l’autre co-fondatrice du collectif, Léa, elles ont lancé une pétition en septembre dernier sur le site du Sénat. Elle recueille aujourd’hui plus de 120 000 signatures. Il n’est pas question pour elles de demander l’interdiction de la chasse mais plus d’encadrement, elles proposent 5 mesures : « le dimanche et le mercredi sans chasse ; une formation plus stricte et le renforcement des règles de sécurité, par exemple l’acquisition, la détention d’armes associé à un certificat médical, psychologique ; le contrôle et le suivi des armes de chasse et des comportements à risques ; des sanctions pénales à la hauteur des délits commis, et la libération de la parole, et la reconnaissance des victimes de la chasse par l’État ».
69% des Français se disaient favorables à une interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires
Les deux jeunes femmes ont été reçues il y a deux semaines par les sénateurs de la toute nouvelle mission. Elles disent avoir été écoutées. Au total, les sénateurs ont prévu 40 auditions pour trouver un compromis et se prononcer sur les mesures proposées par la pétition. Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, vice-président de la Commission des affaires économiques du Sénat, et rapporteur de la mission sur la sécurisation de la chasse explique que « si on reprenait les propositions de façon brutale, ceux qui pratiquent la chasse avec des mesures de sécurité déjà renforcées se sentiraient mis à l’écart ». Les travaux devraient durer encore plusieurs mois. En novembre, dans un sondage IFOP, 69% des Français se disaient favorables à une interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires, réagissant ainsi à une proposition du candidat écolo Yannick Jadot.
Baptiste Gaborit