Pourquoi les auteurs de bandes-dessinées sont-ils si mal payés ?

Le 47ème festival de la bande dessinée d’Angoulême a ouvert ses portes sur fond de fronde sociale des auteurs de BD, qui réclament une augmentation de leurs revenus.

 

Une distinction à opérer entre scénaristes et dessinateurs de bandes-dessinées

Si le monde de la bande-dessinée se porte bien, les auteurs sont très nombreux à souffrir sur un plan économique. Presque la moitié d’entre eux touche moins que le SMIC quand un tiers vit sous le seuil de pauvreté. Pourquoi une telle précarité ? D’abord parce que dans le milieu de la BD, les barrières à l’entrée sont faibles. Pour un éditeur, il n’est pas très coûteux de commander un album. Une petite avance et un à-valoir sur des ventes futures suffisent. Si l’album marche, l’auteur commence à rembourser l’avance en touchant des droits d’auteurs. Mais comme beaucoup d’albums sont publiés – de 800 nouveautés dans les années 90, nous sommes passés à plusieurs milliers par an – il y a trop d’ouvrages qui ne se vendent pas. Sans comptez le faible prix des albums, qui accentue les difficultés économiques des auteurs.

 

 

Mais pour bien comprendre leur situation, il faut faire une distinction entre les scénaristes et les dessinateurs. Dessiner un album prend beaucoup de temps : une cinquantaine de planches réclame parfois un an de travail à temps complet. Les scénaristes ont la vie un peu plus facile, parce qu’ils peuvent mener plusieurs projets en même temps. Bien sûr, il y a des auteurs qui n’ont pas à se plaindre. Quand vous collaborez au dernier album d’Astérix, qui se vend à plus de 2 millions d’exemplaires, à celui de Blake & Mortimer (500.000 exemplaires) ou que vous avez imaginé comme Jean van Hamme des séries comme XIII, Largo Winch ou Thorgal, votre situation ne peut être que florissante.

 

Les auteurs de BD gagnent au mieux 1 euro par exemplaire vendu

Une bonne nouvelle devrait tout de même rassurer tous ces auteurs : le marché est porteur. L’an dernier, il s’est vendu 48 millions d’albums. Le chiffre d’affaires des maisons d’édition de BD a encore progressé de 10%, à 555 millions. C’est le segment de l’édition qui se porte le mieux. Il représente 16% du marché et la base de lecteurs s’élargit grâce nombreux genres existants, capables de satisfaire tous les goûts. Difficile cependant d’améliorer nettement les rémunérations. Il faudrait faire pression sur les éditeurs pour qu’il y ait un peu plus de solidarité et de redistribution. Mais le rapport de force n’est pas en faveur des auteurs, qui sont des milliers, alors qu’il n’y a qu’une poignée d’éditeurs. Une des solutions consisterait à en salarier certains. Toutefois, les auteurs n’ont peut-être pas envie de devenir des ouvriers de la BD, relativement anonymes, comme au Japon. On pourrait peut-être reverser davantage de droits d’auteur; un euro par album au mieux n’étant trop peu. Mais le secteur reste relativement fragile. Difficile d’augmenter les prix ou de baisser la commission des librairies. Bien qu’Emmanuel Macron était hier au Festival d’Angoulême pour rencontrer des auteurs, il ne devrait pas trouver de solution magique.

 

David Barroux

 

Plus d’articles du décryptage économique de David Barroux