Luca de Meo, nouveau DG de Renault : une option logique mais dangereuse

Renault a désigné Luca de Meo comme nouveau directeur général du groupe. La nomination de l’Italien, qui ne prendra ses fonctions qu’en juillet prochain, présente des risques à plus d’un titre.

 

Luca de Meo : un expert du marketing qui a déjà traité avec les japonais

Après des mois de rumeurs et d’attente, le conseil d’administration de Renault a tranché. Le nouveau patron du groupe s’appelle Luca de Meo. Cet Italien de 52 ans a fait ses preuves chez Seat, l’une des douze marques de l’empire Volkswagen. Il sera directeur général; en clair il sera le patron opérationnel de Renault et travaillera en tandem avec Jean-Dominique Senard, le président du Conseil d’administration. Seulement, il n’arrivera pas chez Renault avant début juillet. Son arrivée est retardée à cause d’une clause de non-concurrence qui lui interdit de débarquer du jour au lendemain chez un rival de Volkswagen. Le blocage aurait pu durer deux ans mais Renault a payé pour que de Luca de Meo arrive un peu plus vite.

 

 

L’homme a bonne réputation et est déjà un vrai spécialiste de l’automobile; un « car guy » comme on dit. Il a fait toute sa carrière dans l’automobile en passant par Renault, Fiat, Toyota, Audi et Seat. Et puis, il connaît un peu les Japonais puisqu’il a travaillé chez Toyota. Atout non-négligeable quand on sait l’importance de la relation entre Renault et son partenaire nippon Nissan. Autre qualité, il est aussi un expert reconnu du marketing et des marques. Et cette compétence lui sera utile car même si le design des Renault s’est amélioré, il faut remettre l’accent sur le produit face à la concurrence du groupe PSA (Peugeot-Citroën-Opel), plus imaginatif depuis trois ans.

 

La fin du copinage dans les conseils d’administration

Est-ce un bon choix ? L’avenir le dira. Mais sa nomination constitue un risque. Déjà parce qu’il n’arrive que dans 5 mois, alors que Renault est en crise de management depuis novembre 2018 et l’arrestation de Carlos Ghosn. Et puis, il n’a jamais dirigé un vrai groupe avec autant d’enjeux technologiques et industriels. Seat, là où il a officié, est une division de Volkswagen, qui fournit des plateformes et des moteurs. Chez Renault, il devra tout gérer et à une autre échelle. Sur le plan culturel, sa nationalité italienne n’est pas un problème a priori puisqu’il est francophone. D’autant qu’il ne serait pas le premier patron étranger à la tête d’une entreprise française (PSA, Axa, Air France, Sanofi). L’important, c’est sa compétence, pas la couleur de son passeport. Mais le fait qu’on aille de plus en plus souvent chercher des talents hors de nos frontières montre bien qu’on a un peu changé de monde. Les conseils d’administration sont plus sérieux et obéissent moins à des logiques de copinage ou de réseaux (ENA, polytechnique…).

 

David Barroux

 

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