Olga Neuwith, première femme à composer pour l’Opéra de Vienne

En 150 ans d’existence le Wiener Staatsoper n’avait jamais joué d’œuvre composée par une femme. Ce dimanche l’institution autrichienne a créé l’événement en proposant (à guichet fermé) l’opéra « Orlando » d’Olga Neuwirth, adapté du roman éponyme de Virginia Woolf.

Sous l’influence de Dominique Meyer

Au lendemain de la présentation à la Scala de Milan de Tosca, la dernière du super-intendant Alexander Pereira qui va partir à Florence, c’était au tour de son successeur (dans une semaine) Dominique Meyer de proposer à Vienne la dernière œuvre de son 2e mandat en Autriche. Pour achever sa décennie à la tête de l’Opéra de Vienne le directeur français avait décidé de frapper un grand coup en permettant à la compositrice autrichienne Olga Neuwirth de monter son opéra « Orlando », inspiré du roman de Virginia Woolf, biographie imaginaire d’un héros qui change de sexe comme de siècle. L’histoire, d’Orlando, poète à l’époque élisabéthaine, puis ambassadeur à Constantinople, qui se métamorphose en femme avant de poursuivre sa traversée des époques pour atterrir dans les années 1920, devenant une écrivaine hantée par la fuite du temps.

Selon la presse autrichienne, la 1ère de cette œuvre singulière dans un temple du répertoire classique a reçu un accueil « partagé », entre chaleureux applaudissements et marques de réprobation. La mise en scène de la Britannique Polly Graham, les costumes créés par la styliste japonaise Rei Kawakubo (fondatrice de la marque « Comme des garçons »), les projections vidéos du vidéaste Will Duke et les performances vocales de la mezzo-soprano américaine Kate Lindsey (dans le rôle d’Orlando), de la soprano Constance Hauman et, surtout, de l’artiste de cabaret américain transgenre Justin Vivian Bond ont, dans l’ensemble été accueilli avec enthousiasme ou bienveillance. Le public s’est montré un peu plus réservé sur la composition musicale et le livret, co-signé avec la franco-américaine Catherine Filloux.

 

 

Des hommes aux commandes de la plupart des productions

Cette première très féminine à Vienne marque un véritable tournant dans le milieu de l’opéra où les hommes sont aux commandes de la plupart des productions. Pourtant, en 2002, l’Opéra de Vienne avait déjà pris les devants en commandant, conjointement avec l’Opéra de Paris, une œuvre originale à Olga Neuwirth, alors jeune trentenaire, et à l’écrivaine star Elfriede Jelinek (Prix Nobel de littérature en 2004). Le pari était osé: les deux femmes, qui entretiennent une complicité artistique de longue date, partagent le goût de l’étrangeté, de la provocation, creusent les parts d’ombre de la société autrichienne envers laquelle elles ne sont pas tendres. L’aventure était restée sans suite : l’opéra Der Fall von W (Le cas W), inspiré de la retentissante histoire d’un médecin autrichien pédophile, avait finalement été refusé. C’est l’actuel directeur du Staatsoper, le français Dominique Meyer, qui a repris contact avec la compositrice en 2014 et voit aboutir le projet, quelques mois avant son départ pour la Scala de Milan. En 2016, c’est le Metropolitan Opera de New York qui avait présenté son premier opéra écrit par une femme, « L’amour de loin », de la finlandaise Kaija Saariaho. Quatre autres représentations d' »Orlando » seront données par le Wiener Staatsoper les 11, 14, 18 et 20 décembre.

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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