L’eau : nouvel Eldorado des géants de la finance ? – 3 MINUTES POUR LA PLANETE

« Main basse sur l’eau », c’est le titre d’un documentaire diffusé ce mardi 17 décembre sur Arte à 20h50, et qui sera ensuite disponible sur arte.tv du 11 décembre 2019 au 14 juin 2020. Baptiste Gaborit s’est penché sur cette enquête qui dévoile la ruée vers l’or bleu, une ressource de plus en plus rare et donc convoitée, qui aiguise les appétits des géants de la finance.

 

Ecoutez la chronique de Baptiste Gaborit, « 3 minutes pour la planète »

 

 

En Australie, des quotas d’eau pour les agriculteurs, les industriels et les villes

La majeure partie de l’enquête se déroule en Australie, continent le plus sec de la planète, qui traverse des périodes de sécheresse extrême. Dans l’état du Victoria, il est courant que la température grimpe à 45° en journée, et se maintienne à 30° la nuit.

 

 

Depuis 2007, les autorités australiennes ont mis en place un marché de l’eau, dont l’usage est privatisé à 50%. Les professionnels (agriculteurs, industriels, et agglomérations) bénéficient de quotas d’eau ; avec possibilité de revendre le surplus ou d’acheter des quantités d’eau supplémentaires. Un système d’infrastructures a été construit à cette occasion, et une application permet d’acheter de l’eau à tout moment. Un système qui a fait ses premières victimes, les petits fermiers, les éleveurs laitiers notamment.

 

« Révolution financière de l’eau » selon le réalisateur Jérôme Fritel

A l’inverse, les grandes exploitations spéculent sur la valeur de l’eau, Jérôme Fritel rencontre ainsi un « water manager », gestionnaire de l’eau d’un des plus gros producteurs d’amande et de céréales. Son quota est estimé à 200 millions d’euros, et comme cette entreprise a beaucoup de moyens, elle stocke de l’eau. Quand le cours augmente, elle en vend, comme une récolte. Dans la région, le prix de l’eau est passé de 200 euros le million de litres à 400 euros en l’espace de cinq mois. Ce qui est étonnant, c’est que ce marché de l’eau en Australie a été rendu possible après un accord avec les associations écologistes, qui voient ce nouveau système d’un bon œil.

 

Le commerce de l’eau en Australie, là où le marché est le plus grand et le plus avancé. Copyright Magnéto Presse

 

 

L’université d’Harvard a acheté des dizaines de millions de litres d’eau

Un marché qui aiguise les appétits y compris à l’étranger : le principal fonds de pension des fonctionnaires canadiens a ainsi acheté des dizaines de millions de litres d’eau, l’université américaine d’Harvard également. Aux Etats-Unis justement, la Californie a voté une loi en 2014 qui la rapproche du marché australien. Les exemples de financiarisation des marchés de l’eau sont pour l’instant peu nombreux dans le monde, mais l’offensive est en cours selon Jérôme Fritel, l’auteur du documentaire, avec toutefois des garde-fous : priorité aux villes, populations épargnées, et quota important pour la nature, sur le modèle australien.

 

Béatrice Mouedine

 

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