Le look des musiciens d’orchestre évolue vers plus de décontraction, « pour renforcer le lien avec le public »

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Dans les grands orchestres symphoniques et philharmoniques la tenue des musiciens, lors des grands concerts, n’a guère changé depuis la fin du 19siècle : frac noir, chemise et nœud papillon (ou cravate) blancs et souliers noirs. Sous l’impulsion d’une nouvelle génération de directeurs et de chefs d’orchestre les choses évoluent, surtout aux États-Unis.

« Nos anciennes tenues étaient souvent perçues comme une barrière entre le public et les musiciens »

C’est tout de noir vêtus que les musiciens du Philharmonia Orchestra, dirigé par Yannick Nézet-Séguin, se sont produits le 5 octobre au Verizon Hall pour le concert d’ouverture de la nouvelle saison. Terminés les fracs noirs, chemises, nœuds papillon ou cravates blancs et souliers noirs. Pour ce concert, auquel participait également le violoncelliste Yo-Yo Ma, les musiciens portaient un costume noir, une chemise noire et une cravate noire, et c’est dans cette tenue qu’ils apparaîtront le 7 octobre à New York pour la soirée d’ouverture du Carnegie Hall avec la pianiste Yuja Wang en soliste.

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Le président de l’orchestre phare de Pennsylvanie explique au Philadelphia Inquirer qu’il a pris cette décision en parfait accord avec son directeur musical Yannick Nézet-Séguin. Pour Matías Tarnopolsky « Nous sommes bien entrés dans le 21e siècle. Les choses doivent évoluer et ça passe aussi par l’apparence de l’orchestre sur scène. Par ailleurs, nos anciennes tenues étaient souvent perçues comme une barrière entre le public et les musiciens. Ce nouveau look vise à renforcer le lien entre les spectateurs et les artistes ».

Le San Francisco Symphony et le New York Philharmonic ont adopté la tenue « all black »

Si la plupart des membres de l’orchestre se disent favorables à ce « relâchement » du dress-code comme le contrebassiste David Fays qui estime que « si cela rend les gens plus à l’aise pour venir à un concert, c’est une bonne raison pour le faire », d’autres voix, émettent des réserves. C’est le cas notamment du violoniste Boris Balter qui trouve « difficile de voir comment une tenue décontractée monochromatique entraînerait une augmentation de la fréquentation et des revenus » et ajoute « dans mon esprit, il s’agit d’une autre tentative délibérée de supprimer ce qui est si unique dans cette forme d’art distinctive ». Une position partagée par l’universitaire Robin Mitchell-Boyask, fidèle du Verizon Hall, qui « n’adhère pas à l’idée que les musiciens devraient s’habiller comme tout le monde, car aller à un concert est censé être une rupture avec la vie normale ».

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Des réticences qui n’entraveront pas un mouvement qui gagne du terrain parmi les grands orchestres américains. Ainsi l’orchestre symphonique de San Francisco a lui aussi a adopté la tenue « all black », tout comme le New York Philarmonic qui a même aboli la cravate et permet aux femmes musiciennes de porter des robes et jupes raccourcies à mi-mollet. Selon Simon Woods, le président de la League of American Orchestra (qui représente plus de 700 orchestres aux États-Unis) « De plus en plus d’orchestres le feront. Pour les personnes extérieures au monde de l’orchestre, les tenues historiques sont incroyablement déroutantes ».

Philippe Gault

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