L’aventure extraordinaire d’Adèle Charvet : spectatrice puis chanteuse durant un concert

Imaginez un peu. Vous êtes une jeune chanteuse lyrique et vous assistez à un concert donné par un ensemble dirigé par un de vos amis. Durant la 1ère partie de la représentation un des chanteurs connaît des problèmes de voix et pendant l’entracte on vous demande de le remplacer. Et vous voilà sur scène, en jeans et en tee-shirt, à chanter devant des centaines de spectateurs alors que vous n’avez jamais interprété ni travaillé l’œuvre jouée.

 

Adèle Charvet passe de la salle à la scène

C’est ce qui est arrivé à la jeune mezzo-soprano Adèle Charvet, 26 ans, qui assistait en tant que spectatrice à une représentation du « Messie » de Haendel donné mardi soir à l’Auditorium de Radio France par La Chapelle Harmonique, un ensemble de musique baroque dirigé par un de ses amis, le jeune chef d’orchestre Valentin Tournet. Le célèbre oratorio de Haendel avait commencé normalement, mais tout a basculé pendant l’entracte, lorsqu’on apprend qu’un des interprètes, le chanteur sud-coréen David DQ Lee, n’est plus en mesure de continuer. « Au moment de la pause, je croise la régisseuse de la salle qui m’apprend que le contre-ténor ne peut plus chanter et me dit d’aller voir en coulisses parce qu’il faudrait probablement que je chante à sa place », a raconté Adèle Charvet à l’AFP. « J’ai été un peu prise de panique, car je n’ai jamais ni chanté ni travaillé cette oeuvre, mais il a fallu y aller tout de suite… J’ai pris un programme pour voir ce qu’il restait à chanter pour la voix d’alto et je suis allée dans la loge de Valentin, qui m’a aidée à déchiffrer la pièce, avec la violoncelliste Natalia Timofeeva et le ténor David Webb », poursuit l’artiste. Si la tessiture d’Adèle Charvet lui permettait d’interpréter les passages à chanter (un air entier, un récitatif et un duo avec le ténor), d’un registre proche du sien, elle a dû se lancer sans quasiment pouvoir s’échauffer et en ayant très peu de temps pour appréhender l’œuvre. « On a juste rallongé l’entracte d’un petit quart d’heure et c’était parti. Je n’ai pas eu le temps de penser à grand-chose, je suis montée sur scène, en jean, et ça s’est mieux passé que ce que j’imaginais…. Le public et les spectateurs étaient tellement encourageants et contents », souligne la chanteuse. « C’était une très belle expérience pour moi, et surtout drôle de voir la première partie au milieu du public, et la deuxième au cœur de l’action. » a-t-elle conclu

Adèle Charvet, sur la voie du succès

Adèle Charte a passé sa petite enfance à New York où son père enseigne la composition à la Manhattan School of Music. Elle a commencé à étudier la musique (piano et chant) à l’âge de six ans, diplômée du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et connaît sa 1ère expérience sur scène dans Brundibár de Hans Krása. Elle débute ensuite à l’Opéra d’Amsterdam dans Le Prince Igor de Borodine puis au Royal Opera House dans Carmen. Avec son pianiste Florian Caroubi, elle a remporté en 2015 le prix de Mélodie du Concours International Nadia et Lili Boulanger puis le grand prix du 51e Concours International Hertogenbosch en 2016. En mars dernier Adèle Charvet incarnait Mercedes dans Carmen, donné au Covent Garden de Londres.

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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