La lutte systématique contre les incendies responsable des feux en Australie ?

En raison des incendies géants qui ravagent l’Australie, Arte a décidé de bouleverser sa programmation. La chaîne diffusera mardi 28 janvier un documentaire-enquête sur ces feux gigantesques qui se multiplient un peu partout dans le monde.

 

Écoutez 3 minutes pour la planète de Baptiste Gaborit

La chasse aux incendies responsables des feux géants

Canada, Etats-Unis, Australie, Portugal ou encore Grèce… Les pays touchés par des méga-feux, souvent incontrôlables, ont été nombreux ces dernières années. Partout pullulent les mêmes témoignages, comme celui d’un californien cerné par les flammes en décembre 2017 et que l’on retrouve dans un documentaire diffusé ce soir sur Arte : « Je me souviens surtout du bruit. C’était un rugissement comme si un train nous fonçait dessus ». Pourquoi ces feux sont-ils devenus incontrôlables ces dernières temps ? L’une des explications est paradoxale. Il s’agirait de la lutte des hommes depuis le début du 20e siècle contre tous les incendies, pourtant indispensables à la régénération des forêts et à la constitution d’une mosaïque de paysages capable de stopper les grands feux. « Pendant cent ans ou nous avons banni le feux des forets, explique un scientifique américain. Alors des jeunes pousses et des arbrisseaux sont venus combler l’espace entre les grands arbres et créer ce que l’on appelle une échelle à feu ». Celle-ci propage le feu du sol jusqu’à la cimes des arbres sur des hectares et des hectares.

 

A lire aussi

 

 

Des mesures de prévention empêchées par l’urbanisme grandissant

Avec cette augmentation de la quantité de combustible, auquel vient s’ajouter le réchauffement climatique, les pompiers doivent développer de nouvelles techniques pour lutter contre les flammes. Dans leur attirail, la possibilité d’allumer des contre-feux, à savoir des incendies provoqués et contrôlés qui ont pour but de brûler les combustibles et créer des zones tampons. Comme en Californie dans le comté de Santa Barbara en décembre 2017. Un pompier local détaille l’opération dans le documentaire. Après un débroussaillage mécanique, les soldats du feu ont brûlé les arbrisseaux sur une ligne de crête. « Les flammes sont plus petites et plus faciles à contrôler. C’est un refuge pour les pompiers si cela devient ingérable », précisera-t-il. Ces techniques se développent aux Etats-Unis, au Canada mais aussi en Europe, comme au Portugal ou en France. Mais un problème se pose. Ces mesures de prévention ne peuvent être généralisées à toutes les zones forestières. Sont exclues ce que l’on appelle les « interfaces forêts habitats », qui désignent les parcelles de forêts habitées, de plus en plus nombreuses.

 

 

Un risque de disparition total des forêts

Un problème d’urbanisme dénoncé par le co-auteur du documentaire, Nicolas Koutsikas : « On l’a vu en Grèce notamment, [les autorités] ont donné des autorisations de construction dans des endroits où on ne peut pas vivre en sécurité ». En 2018, 102 personnes sont d’ailleurs mortes dans ce pays en l’espace de quelques heures dans la station balnéaire de Mati ; toutes prises au piège des flammes qui se sont propagées à une vitesse folle. Aux Etats-Unis, 60 à 75% des logements neufs dans l’ouest du pays sont aujourd’hui édifiés dans des zones inflammables. Les habitants tentent donc de se protéger comme ils peuvent. « Des mouvements citoyens commencent à prendre aux Etats-Unis et au Canada, affirme le co-auteur de l’enquête. Des gens travaillent en amont pour étudier les risques de leur région ». En Californie ou au Canada, l’Etat envoie ainsi des agents auprès des habitants pour mettre leurs maisons à l’abri. Certains scientifiques imaginent déjà le pire, comme la disparition pure et simple des forêts, si ce fléau était amené à s’intensifier.

Incendies géants : enquête sur un nouveau fléau, ce soir à 20h50 sur Arte

 

Baptiste Gaborit

 

Retrouvez d’autres articles de 3 minutes pour la planète