Comment limiter le bétonnage des sols en France ?

Tous les dix ans, c’est l’équivalent de la surface d’un département français qui est artificialisé. Un groupe de travail, mis en place l’été dernier, doit se réunir à nouveau mercredi 22 janvier.

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Le bétonnage des sols concourt à la disparation de la biodiversité ces 40 dernières années

Dans son plan biodiversité en 2018, le gouvernement d’Edouard Philippe tablait sur l’objectif « zéro artificialisation nette des sols ». En juillet dernier, le groupe de réflexion France Stratégie, rattaché au Premier ministre, a publié un rapport sur l’artificialisation croissante des sols français, qui recouvre l’équivalent d’un département tous les 10 ans. « La tendance de artificialisation des espaces naturels, agricoles et forestiers est de l’ordre de 20.000 hectares par an », assure Julien Fosse, directeur adjoint du département développement durable de France stratégie, qui se fonde sur les chiffres du cadastre. Si la dynamique se poursuit, cela impliquerait le bétonnage de 280.000 hectares d’ici 2030, soit la superficie du Luxembourg.

 

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Or, l’artificialisation des sols participe largement à l’érosion de la biodiversité observée en France ces 40 dernières années. Le bétonnage des terres détruit les habitats naturels et rompt les continuités écologiques. Alors pour en finir, France Stratégie propose d’abord de densifier l’habitat en zones urbaines comme rurales. A la campagne, l’idée serait de mettre un terme aux constructions de lotissements éparpillés avec de grands jardins et de privilégier les petites copropriétés. En ville, exhausser les immeubles et utiliser au maximum les espaces vacants reste la meilleure façon de réduire l’étalement urbain.

 

La Fondation Nicolas Hulot réclame une nouvelle loi sur le foncier agricole

Une modification des plans locaux d’urbanisme s’imposera et impliquera l’introduction de taux planchers de densité. Il va également falloir, selon Julien Fosse, réduire le nombre de logements vacants, qui stagne à 8% aujourd’hui. Mais cela ne suffira pas. Chaque nouvelle construction devra ainsi être compensée pour atteindre le zéro artificialisation nette. Renaturer des espaces déjà artificialisés, comme des zones commerciales abandonnées, s’avérera indispensable. Et pour le faire à moindre coût, il suffit de détruire les installations majeures et de laisser le terrain en friche.
En combinant toutes ces pratiques, France Stratégie estime qu’il est possible d’atteindre le zéro artificialisation en 2030. Du côté de la FNH, la Fondation Nicolas Hulot, il faut d’urgence une nouvelle loi sur le foncier. Et en particulier sur le foncier agricole, aujourd’hui rongé par l’urbanisation du fait de son faible coût. Caroline Faraldo, responsable agriculture à la FNH, précise que cette loi doit favoriser les zones agricoles bonnes pour la biodiversité et pour le renouvellement des paysans.

 

Le ministère de la transition écologique espère atteindre son objectif d’ici 2050

Il faut un texte « qui permettre d’aller vers la généralisation des pratiques agro-écologiques; soient moins de charges, moins d’embêtements pour les agriculteurs et de meilleurs revenus ». Cela faciliterait selon elle la transmissibilité des terres entre les générations d’agriculteurs et la préservation du foncier agricole. « C’est un sujet très actuel qui ne peut attendre la fin du quinquennat », conclut-elle. Dans un autre rapport publié le mois dernier, le ministère de la Transition écologique estime que l’objectif zéro artificialisation pourrait être atteint dans 30 ans, en 2050. Il faudra donc du temps pour mettre en place tous ces leviers et faire changer les mentalités.

 

Baptiste Gaborit

 

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