La nature peut-elle compenser la fonte des glaces ?

Voilà un mois que des scientifiques français mènent un raid au centre du plateau Antarctique en quête de données sur le réchauffement climatique. Ils viennent de rentrer à la base  après 3.600 kilomètres parcourus.

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Six tonnes de glaces prélevées et une station météo installée

Mission réussie pour les scientifiques français partis il y a un mois fouler une zone jusque-là inexplorée par l’homme. Après 46 jours passés en autonomie totale, avec 1 seule dameuse pour ouvrir la voie et 5 tracteurs pour tirer des conteneurs, l’équipe est parvenue à parcourir 3.675 kilomètres au milieu du plateau désertique de l’Antarctique pour collecter une multitude de données.
Joël Savarino, directeur de recherche à l’IGE (Institut des Géosciences de l’Environnement à Grenoble) et responsable scientifique de ce raid, se félicite du travail accompli. « On est allé bien au-delà de ce que l’on pensait faire. On a pu ramasser l’équivalent de six tonnes de glaces, soient 900 mètres de carottes prélevées sur différents sites tout au long du trajet ». Il précise également avoir installé des GPS capables de connaitre le déplacement de la glace en surface. Une station météo a aussi été montée ; elle fonctionnera jusqu’à ce que ses batteries s’épuisent.

 

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Un drôle de Noël au champagne

Les carottes de glace sont des échantillons d’un mètre de long extraits dans des conditions extrêmes. Les températures y varient de -25° degrés la journée à -45° degrés la nuit. Au total, 5 scientifiques, 2 mécaniciens, un chef d’expédition et un médecin urgentiste se sont engagés dans ce raid. Toute l’équipe a par ailleurs passé Noël coupée du monde. « Il y avait du vent et faisait bien -35° degrés. On a pu fabriquer des verres en glace pour boire le champagne à l’extérieur », se rappelle Vincent Favier, physicien participant et également membre de l’IGE.

 

Une compensation possible à la fonte des glaces

L’expédition avait un objectif principal : comprendre comment le continent réagit au réchauffement climatique. Certes, on sait que la calotte glaciaire fond, mais une question demeure. Que se passe t-il au centre de l’Antarctique ? Jérôme Chappellaz, le directeur de l’institut polaire français Paul-Emile Victor, détaille le but des scientifiques. « Ce que cette expédition est allée chercher, c’est la preuve d’une compensation partielle à l’élévation du niveau de la mer ». Bien que les glaciers fondent et s’écoulent dans l’océan, une partie de l’eau dégagée revient à son point de départ, après évaporation, sous forme de neige. Ce processus réduirait l’augmentation du niveau des mers.

 

 

Des conséquences sociales et économiques potentiellement catastrophiques

En clair, si on connait la quantité d’eau que le continent rejette sur la côte, on ignore celle qui retourne au cœur des terres. L’enjeu de ces recherches est crucial, car maîtriser ce phénomène est déterminant pour estimer avec précision l’élévation du niveau des océans dans le monde. « Nos sociétés vont devoir se conformer aux conséquences du réchauffement et s’adapter à une élévation d’1 ou 2 mètres n’est pas la même chose », explique Jérôme Chappellaz, qui rappelle que les pires scénarios prédisent le déplacement intégral de certaines villes.
Avec les graves conséquences économiques et sociales que cela pourrait induire. La hausse du niveau des mers atteindrait de 20 à 80 cm à la fin du XXIe siècle. Mais l’accumulation de neige en antarctique pourrait la réduire de 7 cm. Cette hypothèse reste à confirmer et il faudra attendre sans doute deux ans avant de connaître les premiers résultats de cette expédition.

 

Baptiste Gaborit

 

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