La harpe, entre clichés et vérités

La harpe. On entend souvent que c’est un instrument pour les filles, difficile à jouer, encombrant et cher à l’achat…. Quelle est la part de vérité dans ces idées reçues ? Réponse avec ces 5 clichés sur la harpe.

Que pour les filles ? Bien-sûr que non ! Mais alors pourquoi imagine-t-on plutôt une femme derrière une harpe ?

Elle existe depuis l’Antiquité. La harpe apparaît en Mésopotamie, vers 3 500 av. JC. Elle est donc l’un des instruments les plus anciens, avec la flûte et les percussions. Les Grecs et les Egyptiens l’utilisent pour l’agrément, mais aussi beaucoup lors des cérémonies religieuses. Les hommes en jouent alors autant que les femmes, comme en témoignent les objets sur lesquels ils sont représentés. La harpe arrive en Europe au Moyen-Âge. Là encore, les dessins qui nous sont parvenus montrent des musiciens des deux sexes. Mais au XVIIIème, la harpe devient un instrument de salon. Les tableaux de l’époque ne montrent plus alors que des femmes. Et le cliché se poursuit au siècle suivant ! D’où l’image de jeune femme romantique en robe blanche, qui colle encore beaucoup à la harpe. Heureusement, le talent de harpistes masculins, comme Xavier de Maistre ou Emmanuel Ceysson, commencent à faire bouger les mentalités.

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La harpe n’est pas pour les enfants. C’est trop grand. Vraiment ?

Dans la famille des harpes, on dénombre trois soeurs : la bardique (22 à 27 cordes), la celtique (34 à 38 cordes), et la grande harpe diatonique à pédales (40 à 47 cordes). Si cette dernière en impose avec son 1,80m, les deux autres sont nettement plus petites. De sorte qu’on peut apprendre l’instrument dès 6 ans, en commençant par la harpe celtique. Comme elle n’a pas de pédale, cela permet aussi de graduer les difficultés. On apprend d’abord la position et la synchronisation des mains… et on rajoute les pieds plus tard lorsqu’on passe à la grande harpe.

 

Avec les pédales à gérer, c’est plus dur à jouer que le piano.

Les harpistes jouent avec les deux mains, comme les pianistes. Mais aussi avec les deux pieds. Comme les organistes ? Pas tout à fait.

Les cordes de la harpe correspondent aux 7 notes de la gamme, c’est-à-dire aux touches blanches du piano. Pour pouvoir jouer l’équivalent des touches noires, on a inventé les pédales. Situées au bas de l’instrument (le socle) pour pouvoir être jouées avec les pieds (3 pédales pour le gauche et 4 pour le droit), elles sont reliées à la partie supérieure de la harpe (la console) grâce à de longue tiges qui passent dans la colonne. Là-haut, sont positionnées deux disques de métal, les fourchettes (elles doivent leur nom aux deux petits cylindres fixés dessus, qu’on appelle… des dents !). Quand on actionne la pédale, ça fait tourner la fourchette : la corde, bloquée entre les deux dents, est ainsi raccourcie et on obtient un son d’un 1/2 ton plus haut. Par défaut, les cordes sont accordées en bémol. Les deux crans de la pédale permettent de jouer le bécarre et le dièse. On doit ce double mouvement à Sébastien Erard, en 1810. Il a ainsi grandement amélioré le procédé de la pédale à simple mouvement (un seul cran) mis au point par Hochbrücker au début du XVIIIème siècle. 

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Sur les harpes celtiques, qui n’ont pas de pédale, chaque corde est munie d’une palette (un levier qui raccourcit la corde quand on le lève) qui joue le rôle de la fourchette. Il faut l’actionner à la main, mais elle ne permet qu’une altération et non deux.

Alors, la harpe est-elle plus dur à jouer que le piano ? Question d’habitude. Et pour se repérer dans toutes ces cordes, certaines sont entourées d’un fil de couleur : les rouges sont les DO et les bleus (ou noirs) les FA.

 

Musique classique et celtique sont les seuls répertoires possibles à la harpe.

Pas du tout ! Certes, la harpe est très présente dans la culture celtique. En Bretagne, la ville de Dinan lui consacre même un festival. Comme les possibilités techniques de la harpe se sont développées à l’époque romantique, on l’associe aussi beaucoup à la musique de cette époque. Mais en réalité on peut aussi jouer d’autres styles très variés : jazz, pop, rock, zouk. Comme au piano, on peut également transcrire pour la harpe des œuvres qui ont été écrits à l’origine pour un autre instrument. Il existe même des harpes électriques. Bref, les seules limites du répertoire de la harpe sont celles de votre imagination !

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L’instrument est gros, donc lourd et encombrant, difficile à transporter. Et cher à l’acquisition.

Pas forcément. Tout dépend du répertoire que vous voulez jouer, et donc du type de harpe. Si vous êtes attiré par la musique médiévale, pourquoi ne pas vous procurer une harpe… en carton ? Outre son prix nettement plus abordable, l’instrument est aussi plus léger. Idéal pour le transport, même à vélo ! On peut ainsi emporter sa harpe partout et jouer plus facilement avec d’autres musiciens. Autre avantage, on peut la fabriquer soi-même et donc la personnaliser. Une initiative qu’on doit à l’association Pop’harpe d’Ivry-sur-Seine.

Cependant, la harpe en carton n’a ni pédale ni palette. Si vous rêvez de jouer Debussy, Mozart, ou encore les concertos romantiques, là il vous faudra une grande harpe. C’est un investissement assez onéreux, certes, mais que vous pouvez aussi transformer en élément déco ! Car, comme les clavecins, les harpes peuvent être sculptées et peintes. Gageons que vos amis la prochaine fois n’auront d’yeux que pour votre harpe !

 

Sixtine de Gournay

 

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