EXCLUSIF Opéra de Paris : Alexander Neef confirme que la création d’une troupe est « très sérieusement à l’étude »

Julien Mignot/Opéra national de Paris

C’est la première saison de l’Opéra de Paris entièrement conçue par son nouveau directeur Alexander Neef. Au micro de Laure Mézan dans le Journal du Classique, il s’est confié sur ces retrouvailles avec le public, après plus d’un an de crise du coronavirus.

« Gustavo Dudamel vit la musique, et croit profondément qu’elle peut changer notre réalité »

Laure Mézan : Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle saison ?

Alexander Neef : Tout d’abord avec beaucoup de joie de pouvoir reprendre les spectacles avec les salles pleines ! Nous retrouvons notre raison d’être.

Laure Mézan : La première création qui sera donnée à l’Opéra de Paris est Œdipe d’Enesco, un ouvrage que l’on n’a pas entendu depuis longtemps. Pourquoi avoir choisi cet ouvrage pour lancer votre saison ?

Alexander Neef  : Effectivement, Œdipe a été créé au Palais Garnier en 1936 et a rencontré un grand succès. C’est une oeuvre unique dans le genre d’opéra d’Enesco, après être tombée injustement dans l’oubli. On a eu envie de le représenter aujourd’hui, 85 ans après sa création dans une mise en scène de Wajdi Mouawad avec une très belle distribution (Christopher Maltman dans le rôle-titre, Anne Sofie von Otter, Laurent Naouri… NDR). C’est une œuvre qui a beaucoup de puissance dramatique, de beauté musicale et qui raconte une histoire universelle et éternelle. Œdipe traverse des difficultés imposées par le destin mais trouve la paix à la fin de sa vie. Il est aussi question d’une maladie, la peste, qui frappe sa ville, ce qui nous semble vraiment très pertinent avec ce que l’on traverse aujourd’hui.

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Laure Mézan : Dans ce contexte, quelle est la démarche de Wajdi Mouawad ?

Alexander Neef : Wajdi m’a dit dès le début que l’essentiel pour lui était de raconter l’histoire d’Œdipe. La mise en scène extrêmement lisible se concentre sur la vie d’Œdipe, et sur les causes de sa vie tragique. Wajdi à lui-même ajouté un petit prologue parlé à l’Opéra, pour expliquer pourquoi Œdipe est condamné dès sa naissance, sans fautes, ce qui est vraiment l’essence du tragique : il vous arrive des choses sans que cela soit de votre faute mais c’est grave. Œdipe par son propre comportement, par les actes qu’il choisit, arrive à se faire pardonner par les dieux.

Laure Mézan : Cette nouvelle saison de l’opéra de Paris est aussi la première de son nouveau directeur musical : Gustavo Dudamel. Qu’est-ce qu’il peut apporter selon vous à l’opéra de Paris ?

Alexander Neef  : C’est un musicien extraordinaire qui avait déjà galvanisé les musiciens, les artistes de la maison, pour la nouvelle production de la Bohème il y a quelques années. Nous sommes très heureux qu’il vienne partager ses dons artistiques avec nous pour les six prochaines saisons. Il apporte un nouveau souffle artistique basé sur un travail magnifique. C’est quelqu’un qui vit la musique, qui croit profondément que la musique doit faire partie de nos vies, de chaque vie, qu’elle peut profondément changer notre réalité.

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Alexander Neef : « la diffusion en ligne restera essentielle pour le futur »

Laure Mézan : Pendant le second confinement, l’Opéra de Paris n’a pas cessé ses activités. Vous avez donné certaines productions à huis clos et puis vous avez créé cette plateforme : l’Opéra chez soi. Est-ce que la diffusion en ligne mais également la diffusion sur grand écran au cinéma est essentielle pour accompagner la programmation de l’Opéra de Paris ?

Alexander Neef  : C’est en effet devenu essentiel pendant le confinement et cela restera essentiel pour le futur. Mais notre mission ne peut pas être accomplie sans pouvoir présenter des spectacles en salle, il n’y a rien de plus beau qu’une salle pleine ! Il faut toutefois reconnaître qu’il y a des publics qui ne peuvent pas venir dans nos salles pour plusieurs raisons. Je pense qu’il faut répondre à ce besoin de connaître et de garder un lien avec l’Opéra de Paris. Tout ce que l’on fait dans le monde digital va devenir de plus en plus important.

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Projet de créer une troupe à l’Opéra de Paris : « Assurer une sécurité et une stabilité économique aux chanteurs »

Laure Mézan : Justement, ce nouveau public que vous touchez grâce à la diffusion en ligne, il faut ensuite l’amener à franchir les portes de l’opéra de Paris. On sait que certains ne peuvent pas le faire, notamment le public étranger qui représente un pourcentage important des spectateurs de l’Opéra de Paris. Comment faire pour que dès aujourd’hui, dès cette saison, un autre public vienne remplir la salle ?

Alexander Neef : Je pense que la question du public est très intimement liée à celle des artistes qui sont sur scène. On a parlé de Gustavo Dudamel, on parle aussi d’autres artistes qui n’étaient pas présents et qui peuvent attirer un autre public. Il est très important, après cette crise grave que nous avons vécue, d’ouvrir nos portes, de faire un point en disant : « Nous sommes là pour servir le public » soit dans nos murs, soit par d’autres moyens. Il y a plusieurs offres pour les jeunes, pour les familles, pour encourager cette première fois à l’opéra . Il est crucial que les gens osent cette première fois.

Laure Mézan : Cette période de crise du Covid-19 a aussi été une longue période de réflexion, d’expérimentation. Plusieurs idées ont germé pendant le confinement, notamment celle de créer une troupe.

Alexander Neef : C’est un peu plus qu’une réflexion, c’est très sérieusement à l’étude. On attend aujourd’hui la remise d’un rapport que l’on a commandé sur la faisabilité d’une troupe au sein de l’opéra. Il y a effectivement des questions artistiques, mais surtout beaucoup de questions juridiques qui concernent la gestion de ce genre de contrat au sein de l’opéra. J’aimerais que cette troupe voie le jour pour donner à un groupe de chanteurs -qui reste à définir-, la possibilité d’être dans nos murs dans quelques années, et grandir. Leur donner aussi une sécurité et stabilité économique qui n’a pas toujours été là pendant le confinement. Cela fait partie de la réflexion qui nous donne une identité un peu plus forte côté lyrique, parce qu’évidemment avec la troupe de ballet, il y a déjà un lien très fort avec le public.

 

 

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