Épidémie de pneumonie en Chine : « trop tôt pour déclarer l’urgence », selon l’OMS

L’épidémie de pneumonie due au Coronavirus donne lieu à une mobilisation sans précédent des autorités chinoises. Plus de 20 millions d’habitants sont mis en quarantaine. Le dernier bilan officiel est de 26 morts, et Pékin ne lésine pas sur les mesures de protection.

 

La Chine renonce aux festivités du Nouvel An

La mesure à la fois très symbolique et très spectaculaire, c’est l’annulation de toutes les festivités qui étaient prévues à partir de demain pour le Nouvel An chinois. C’est le renoncement à l’un des rituels les plus importants dans la culture chinoise, auquel il faut ajouter le symbole des symboles, la fermeture de la Cité Interdite qui portera bien son nom dans les jours qui viennent.

 

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Tout cela complète le dispositif de ces derniers jours, masque sanitaire, arrêt des transports en commun, fermeture des aéroports et même le projet d’ouvrir un hôpital dédié aux malades du virus d’ici une semaine. Autant de signaux qui montrent que les dirigeants chinois ont bien pris la mesure du danger, qu’ils ont tiré les leçons de la gestion calamiteuse du SRAS en 2002 et qu’ils réagissent. Le problème, c’est que la gestion de la crise reste encore et toujours une gestion politique.

 

Le président chinois Xi Jinping a lancé la mobilisation 3 semaines après le 1er cas de pneumonie

Le 1er cas de pneumonie remonte au 31 décembre et ce n’est que lundi dernier, soit 20 jours plus tard, que le président chinois Xi Jinping a donné le top départ de la mobilisation. La veille, le bilan était de 3 morts et seule la région de Wuhan semblait concernée. Il a suffi que le président parle pour que tout le pays se réveille, et que les autorités sanitaires soient sur le pont. En quelques jours, et à l’approche des grands mouvements de foule du Nouvel An, on est passé du silence opaque à la chinoise au tout-communication à l’occidentale. Avec un enjeu de taille pour les autorités de Pékin, éviter la catastrophe qui entacherait l’image d’une Chine en pleine bataille économique et commerciale. De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré qu’il était trop tôt pour déclarer l’urgence internationale. Cette formule « il est trop tôt » est proprement ahurissante quand il s’agit d’un phénomène viral qui fait chaque jour plus de victimes et de plus en plus loin de l’épicentre ou du berceau, c’est-à-dire le marché central de Wuhan.

 

L’Organisation Mondiale de la Santé veut rassurer

L’OMS, dont le rôle est de prévenir du danger sanitaire, de prendre les mesures éventuelles pour freiner l’extension d’une épidémie, décide après des heures de réunion, de ne rien décider et de ne pas déclencher un processus de coordination internationale qui pourrait permettre d’étouffer la crise dans l’œuf, notamment dans les pays qui n’ont pas les moyens de se battre tout seul. Alors, on voit bien qu’il y a un aspect psychologique dans la décision de l’OMS qui cherche à rassurer et qui veut accréditer l’idée que l’affaire va rester purement chinoise, cantonnée dans deux régions. Et son autre annonce d’hier soir va dans ce sens-là, puisque l’OMS nous dit que la transmission interhumaine hors de la Chine n’est pas prouvée, non pas qu’elle n’existe pas, mais qu’elle n’existe pour l’instant que sur le sol chinois, « ce qui ne veut pas dire que cela n’arrivera pas dans d’autres pays », dixit le directeur général de l’OMS à Genève. Là encore, quel message de passivité, là où l’on attendrait de la prévention, de la mise en alerte. En gros, l’OMS dit à l’opinion mondiale, « ça va peut-être s’aggraver mais on verra plus tard ! » Et au lieu de rassurer, cette communication risque fort d’inquiéter.

 

Emmanuel Faux

 

 

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