Visites de Jacques Chirac et d’Emmanuel Macron à Jérusalem : une différence de taille les sépare

Emmanuel Macron est en visite officielle en Israël et en Cisjordanie depuis le 22 janvier. Le Chef de l’Etat doit participer aux commémorations de la libération des camps nazis, au milieu de plus de 40 dirigeants étrangers.

 

La déambulation d’Emmanuel Macron dans la vieille ville de Jérusalem avait un air de déjà-vu

Sors de ce corps, Jacques Chirac. Comme son prédécesseur il y a 24 ans, Emmanuel Macron a laissé éclater sa colère devant des policiers israéliens un peu trop intrusifs. Comme il y a 24 ans, l’incident a eu lieu aux abords de la basilique Sainte-Anne ; l’un des lieux saints dont la France est la gardienne et où la police locale n’est pas censée entrer. « Do you want me to go to my plane ? »  Les mots de Jacques Chirac prononcés en octobre 1996 sont devenus hier dans la bouche d’Emmanuel Macron : « Everybody respects the rules ! » Comme son prédécesseur, il a livré un anglais très basique et un accent français à couper au couteau. Pourtant, l’actuel président est capable de parler bien mieux que cela la langue de Shakespeare.

 

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Benyamin Netanyahou était déjà Premier Ministre en 1996

A se demander s’il n’a pas cherché à rejouer la scène d’il y a 24 ans, pour réaffirmer un marqueur de la souveraineté de la France sur ces lieux saints. Et d’ailleurs, le mimétisme est allé jusqu’au bout puisque, comme Jacques Chirac qui avait déclaré que l’incident était clos en rentrant à son hôtel, il a assuré à la fin de sa visite que la parenthèse était refermée. Autre point commun qui ne manque pas de sel entre les deux époques : en 2020 comme en 1996, le Premier ministre israélien s’appelle toujours Benyamin Netanyahou. Bien qu’il ait quitté le pouvoir entre temps, il est de nouveau en place.

 

La France a perdu son rôle de guide, d’arbitre et d’inspirateur dans le conflit israélo-palestinien

Cette séquence de la vieille ville a éclipsé tout le reste de la visite. La force de l’image balaye tout. Pourtant, le chef de l’Etat a bien veillé à l’équilibre des symboles. Il a rencontré hier le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le Président israélien Reuven Rivlin puis s’est aussi rendu à Ramallah en Cisjordanie pour voir le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas. Il est le seul chef d’Etat invité à ces commémorations de la libération des camps qui ait tenu à aller dans les territoires palestiniens.

 

 

De même, dans la vieille ville, Emmanuel Macron s’est rendu au Kotel, le Mur des Lamentations et ensuite, il a marché sur l’esplanade des Mosquées qui demeure le 3e Lieu saint de l’islam. Parallélisme des formes et des lieux visités, mais sur le fond, ce fut le néant. Voilà peut-être une différence avec la séquence de 1996. Aucun plan de paix n’est aujourd’hui sur la table. Le président français avait prévenu : « un processus de paix n’est possible que si les deux parties en présence veulent bâtir la paix ! » Il n’empêche que la France avait autrefois une voix de guide, d’arbitre, d’inspirateur. Elle ne se fait entendre désormais que dans les rues de la vieille ville de Jérusalem pour rappeler la police israélienne au respect des lieux saints.

 

Emmanuel Faux

 

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