Daniel Barenboim : « Même pendant la Seconde Guerre mondiale, il y avait des endroits où l’on pouvait s’échapper »

Daniel Barenboim s’est entretenu avec Helga Rabl-Stadler la présidente du Festival de Salzbourg auquel il participe depuis 1965. À cette occasion il a confié ses impressions sur la période très difficile que traverse le monde de la musique depuis le début de la pandémie de Covid 19 et sur la manière dont les jeunes musiciens et le public actuel ont évolué.

Covid 19 : Pour Daniel Barenboim « nous sommes tous esclaves de cette pandémie »

Dans cette conversation, sans concessions, avec Helga Rabl-Stadler, la présidente du Festival de Salzbourg (depuis 1995), Daniel Barenboim n’hésite pas à faire le parallèle entre la crise actuelle du coronavirus et celle vécue, de triste mémoire, dans les années noires de 1940. Selon le pianiste et chef d’orchestre, « Il n’y a jamais eu de problème global de cette dimension. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, il y avait des endroits où l’on pouvait s’échapper. Aujourd’hui, nous sommes tous esclaves de cette pandémie (…) Il ne faut pas oublier que cette pandémie nous a tous attaqués. Nous ne pouvons pas relâcher notre vigilance. Il y a des gens qui ont plus peur que d’autres, mais nous sommes tous sous pression ».

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Concernant les alternatives (virtuelles ou sans public) mises en place lors des périodes de confinement et de fermeture des salles de concert Daniel Barenboim précise que, selon lui « Nous ne devons pas oublier que la musique est créée dans un espace, c’est-à-dire en direct, sur scène, avec un public (…) Rien ne peut remplacer cette expérience partagée. Le streaming est une bonne chose, c’est important, mais il ne remplace pas les concerts et les représentations d’opéra en direct ». Quant à la position de certaines autorités gouvernementales sur la culture pendant cette crise sanitaire, il se montre encore plus sévère : « La plupart des politiciens ne s’intéressent pas à la musique, et je l’accepte. Cependant, un homme politique qui joue un rôle dans la société doit traiter la musique, les arts, comme un trésor. Que cela l’intéresse personnellement n’a aucune importance, la musique est importante pour la société ».

 

Pour Daniel Barenboim, « les jeunes musiciens et le public sont aujourd’hui moins instruits »

Interrogé sur le rôle de la culture dans notre monde aujourd’hui, Daniel Barenboim fait un constat sévère. Selon lui, « nous devons reconnaître que la façon dont nous avons traité les arts et la culture ces dernières années n’a pas été avant-gardiste. Les jeunes musiciens et le public sont aujourd’hui moins instruits. Ils deviennent des spécialistes, de merveilleux violonistes ou hautboïstes, par exemple, qui jouent remarquablement de leur instrument, mais leurs connaissances, leur culture générale ont souvent été négligées. Par exemple, lorsque vous jouez Beethoven, qui a été beaucoup interprété cette année, vous devez savoir qui étaient Goethe ou Schiller, et vous devez connaître leurs idées, car celles-ci font partie du contenu de sa musique. Le revers de la médaille est le public : une grande partie du public a moins d’éducation musicale qu’auparavant ».

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Malgré tout, Daniel Barenboim reste enthousiaste pour l’avenir. Il sera présent à l’occasion de 2 représentations lors du Festival de Salzbourg 2021 (17 juillet au 31 août). À la tête de son West-Eastern Divan Orchestra le 11 août, avec son fils Michael au violon et Kian Soltani au violoncelle pour jouer Beethoven, Johannes Brahms et César Franck et le lendemain au piano, toujours avec son orchestre, pour interpréter des œuvres de Johannes Brahms, Serge Prokofiev et Béla Bartók. À noter que l’aventure autrichienne de Daniel Barenboim se poursuivra en 2022 puisqu’il succédera à Riccardo Muti à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne pour diriger le traditionnel concert du Nouvel An, pour la 3è fois après 2009 et 2014.

Philippe Gault

 

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