Le West-Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboim, 20 ans après

Anne-Sophie Mutter au violon, Yo-Yo Ma au violoncelle et Daniel Barenboim, au piano pour le triple concerto de Beethoven, c’était l’affiche que proposait le West-Eastern Divan Orchestra pour la fin de sa tournée d’anniversaire, lors de 3 concerts exceptionnels à Cologne, à la Philharmonie de Paris et à Berlin. L’occasion pour le chef israélo-argentin de faire un bilan, notamment sur l’ambition qu’il s’était donnée en 1999 lorsqu’il a créé, avec l’écrivain chrétien américano-palestinien Edward Said, cette formation composée de musiciens israéliens, syriens, libanais, égyptiens, jordaniens et palestiniens.

« On ne peut pas dire que Le Divan soit un orchestre pour la paix » 

Dans un long entretien accordé à l’agence de presse allemande DPA, Daniel Barenboim admet que l’ambition initiale, qui consistait à faire en sorte que de jeunes musiciens de pays arabes et d’Israël se rencontrent pour jouer de la musique et dialoguer dans le but de promouvoir le dialogue et la paix entre Juifs et Arabes relevait de l’utopie. « L’orchestre existe, mais dire que c’est un orchestre pour la paix, comme on l’entend souvent, ce n’est pas vrai. Nous ne pouvons pas faire ça. » Déclare le chef d’orchestre. « Le constat est clair, nous ne pouvons pas jouer dans la plupart des pays arabes ou en Israël aujourd’hui (…) Pourtant, nous ne vivons pas un conflit politique, limité à des problèmes de frontières, d’eau ou de pétrole, mais un conflit qui ne peut être résolu que sur le plan humain, et il n’y a pas de solution militaire à ce problème. En revanche, ce que montre le Divan, c’est que si nous créons une situation d’égalité, alors Arabes et Israéliens peuvent construire quelque chose de commun, à condition qu’ils aient les mêmes droits et responsabilités ».

 

La fierté et le rêve de Daniel Barenboim

La grande fierté de Daniel Barenboim c’est surtout d’avoir permis, en 20 ans, à tous ces jeunes gens de découvrir la musique et de jouer ensemble : « Lorsque nous avons formé l’orchestre avec Edward Saïd il y a vingt ans, 60% des musiciens n’avaient jamais joué dans un orchestre, seuls quelques-uns d’entre eux avaient entendu un orchestre jouer dans leur vie ». Honneur également pour le chef d’orchestre et pianiste d’avoir formé des musiciens et d’avoir permis à certains d’entre eux de devenir de grands professionnels comme la clarinettiste Shirley Brill, le pianiste Saleem Ashkar ou son propre fils Michael Barenboim, violoniste reconnu. En 2017, l’orchestre a déménagé de Séville à Berlin et réside avec la Barenboim-Said Akademie au sein de l’auditorium Pierre Boulez Saal.

Depuis sa fondation à Weimar, à l’occasion du 250anniversaire de la naissance de Goethe dont un recueil de poèmes a inspiré le nom à la formation, le West-Eastern Divan Orchestra a donné, plus de 300 concerts dans 30 pays devant plus de 800 000 personnes mais quasiment jamais au Proche-Orient, exceptée une représentation en Cisjordanie en 2005. C’est l’un des grands regrets de Daniel Barenboim qui, à 77 ans, a toujours le même rêve en tête et dans le cœur mais déclare avec lucidité: « Ce serait d’apparaître à Tel Aviv et à nouveau à Ramallah. Malheureusement, j’ai peur que la réalité ne me donne pas raison. »

 

Philippe Gault

 

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