Arrêtons de croire que nous vivons dans la pire des époques, s’insurge André Comte-Sponville

Le philosophe André Comte-Sponville était l’invité de la matinale de Guillaume Durand, ce lundi 14 septembre. Auteur du Dictionnaire amoureux de Montaigne (Plon), il appelle à revenir à l’écrivain du 16ème siècle, qui a connu la peste, les guerres de religion, et qui avait surtout « peur de la peur ». André Comte-Sponville fait partie des signataires de la tribune publiée dans le Parisien titrée « nous ne voulons plus être gouvernés par la peur ».

 

Coronavirus : André Comte-Sponville s’appuie sur Montaigne pour dénoncer le climat de peur qui règne aujourd’hui

André Comte-Sponville appelle à « revenir à Montaigne », dans cette période où selon lui « la peur écrase tout ». Il juge essentiel de relire celui qu’André Gide considérait comme « le plus grand écrivain français ». Soulignant malicieusement qu’André Gide « s’y connaissait », le philosophe parle plutôt d’un des deux plus grands écrivains français, avec Victor Hugo.

 

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Saluant les leçons de sagesse et de bonheur de Montaigne, partant pourtant de catastrophes, il a rappelé son statut : « c’est un intellectuel majeur, celui d’où tout part. Comme disait Todorov, Montaigne, c’est celui qui a lu tous les anciens, et que tous les modernes ont lu, c’est la plaque tournante de l’occident, de la culture française ». André Comte-Sponville s’appuie sur Montaigne pour dénoncer le climat de peur qui règne aujourd’hui, en pleine crise du coronavirus.

 

Le coronavirus n’est mortel que dans 0.3 à 0.5% des cas, souligne André Comte-Sponville

Signataire d’une pétition publiée dans le Parisien titrée « Nous ne voulons plus être gouvernés par la peur », il accuse le gouvernement et les médias « d’en rajouter » sur la peur, rappelant que le coronavirus « n’est mortel que dans 0.3 ou 0.5% des cas », résumant « celui qui l’attrape, et on ne l’attrape pas tous, a 995% de chances d’en réchapper ». Or, souligne-t-il, le taux de mortalité de la peste du temps de Montaigne était proche de 100%. L’écrivain, qui était maire de Bordeaux, n’a pas terminé son mandat pour fuir l’épidémie. « Il a appliqué le principe de latin +pars vite, va loin et reviens tard+ » explique André Comte-Sponville, « il a fui la peste car c’était la seule prophylaxie possible. Son mandat se terminait, il a juste manqué la cérémonie de passation avec son successeur ».

 

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L’auteur du Dictionnaire amoureux de Montaigne rappelle que l’écrivain ne pensait pas que la peste était pas la mort la plus douloureuse qui soit, et fait un parallèle avec la violence, que certains jugent plus présente qu’avant en France. « Arrêtons de croire que nous vivons dans la pire des époques » s’est énervé André Comte-Sponville : « Montaigne a vécu les guerres de religion, qui a causé des dizaines de milliers de morts, dont 3000 en deux jours à Paris, lors de la Saint-Barthélémy ».

 

Confinement : André Comte-Sponville estime que face à la pression des médecins et des médias, Emmanuel Macron n’avait « aucune marge de manœuvre »

D’où vient cette peur ? A cette question de Guillaume Durand, André Comte-Sponville répond que le facteur initial est le rôle des médias « perpétuellement dans les mauvaises nouvelles, faisant tout pour inquiéter ». Il évoque en particulier le décompte « chaque soir, du nombre de morts du coronavirus en mars/avril, alors qu’on ne le fait pas pour les morts du cancer, 150 000 chaque année ». Concernant la décision de confiner la France, André Comte-Sponville reconnaît qu’il aurait « fait la même chose qu’Emmanuel Macron » s’il avait été à sa place. Non pas par conviction, mais à cause « de la pression des médecins, des journalistes et de la peur de la population ». Il va même plus loin assurant : « on ne peut pas déléguer notre souveraineté au corps médical ! ».

Béatrice Mouedine

 

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