Affaire Duhamel : Frédéric Mion démissionne de Sciences Po, les élites sont-elles visées ?

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Les élites sont secouées par l’affaire Duhamel et par les jeunes femmes. Frédéric Mion, le patron de Sciences Po démissionne un mois après les révélations du livre de Camille Kouchner, un mois après la démission du Président de la FNSP Olivier Duhamel.

Frédéric Mion a reconnu avoir eu connaissance des accusations visant Olivier Duhamel en 2018

Frédéric Mion a annoncé hier son départ de la direction de l’institut d’études politiques de Paris. Il y reconnaît des erreurs de jugement dans le traitement des allégations dont il avait eu communication en 2018, ainsi que des incohérences dans la manière dont il s’est exprimé sur le déroulement de cette affaire après qu’elle a éclaté. Il mesure le trouble qui en résulte et en assume l’entière responsabilité, rapporte le Monde très en pointe sur cette affaire qui déstabilise « l’école des élites », comme l’appelle ceux qui n’ont jamais supporté le statut d’exception de Sciences Po dans le paysage universitaire. Mais pas de répit pour les Institut d’Etudes Politiques qu’ils soient de Paris ou de province.

 

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Depuis dimanche soir le hashtag #sciencesporc sur les réseaux sociaux a conduit de très nombreuses étudiants des IEP a rapporter les faits de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol dont elles auraient été les victimes. La galaxie féministe les croit, les soutient. Des milliers de témoignages selon Libération, en revanche, des enquêtes menées rigoureusement et jusqu’au bout, beaucoup moins. Il semblerait que la direction de certains établissements ait fermé les yeux sur des faits rapportés par ces étudiants et que l’omerta soit une discipline de tronc commun dans certains IEP.

 

« Que la dénonciation de l’inceste et les répliques de Metoo soient utilisées pour déstabiliser l’establishment, ça ne fait aucun doute à la lecture du Monde »

De là à jeter la formation dite des élites aux orties, il n’y a qu’un pas, que les associations féministes les plus politisées ont franchi hâtivement. La culture du viol dénominateur de la vie scolaire sur les campus des différents IEP c’est sans doute un peu rapide. Pourquoi pas l’université, pourquoi HEC ou la Sorbonne… On ne le saura pas. En revanche, que la dénonciation de l’inceste et les répliques de Metoo soient utilisées pour déstabiliser l’establishment, ça ne fait aucun doute à la lecture du Monde et d’une enquête sur le Siècle.

 

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Le Siècle, club de l’élite et temple de la bienséance aimerait continuer à dîner en paix, un article sort dans le Monde demain et est déjà disponible dans la newsletter du journal. Le papier du Monde commence ainsi : ce cénacle parisien -cénacle je vous rappelle que c’est le lieu où Jésus-Christ réunit les apôtres pour dîner- dont les membres se réunissent un mercredi par mois s’emploie depuis des semaines a surmonter le scandale Olivier Duhamel qui en était le président. Et Le Monde de poser ingénument la question l’air de pas y toucher  » L’affaire Duhamel peut-elle durablement ébranler le Siècle ? «  Beaucoup se refusent à y croire.

 

Le Siècle est un club qui réunit très majoritairement des hommes

La France éternelle ne vacille et le Siècle est un peu la France éternelle. Il suffit d’en feuilleter le trombinoscope confidentiel. D’abord le Siècle est masculin à 80 %, et par les temps qui courent c’est très mal. S’y succèdent des ministres et des conseillers d’Etat, mandarins, patrons du CAC 40 de préférence, des militaires, des banquiers, des ambassadeurs, des avocats des magistrats, des savants des journalistes. Autant vous dire qu’il s’agit là des corporations préférées des Français. Je poursuis ma lecture du Monde. Cette élite a l’habitude de se rencontrer, cette élite connait les petits secrets des uns et des autres.

 

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Pourrait alors revenir en boucle l’incontournable question : qui était au courant des turpitudes d’Oliver Duhamel ? C’est vrai que cette question pourrait revenir. Et qui va la poser cette question sinon le Monde qui est depuis le départ en a fait une ligne éditoriale : qui savait, qui ne savait pas, qui a dénoncé qui ne l’a pas fait… L’inceste et le mouvement Metoo étaient des mouvements sociétaux qui posent la question de la domination et du patriarcat, ces lames de fond sont devenu politiques. Certains jours le lecteur de la presse aura l’impression que ce ne sont plus les enfants ou les femmes qu’on veut sauver mais les élites qu’on veut abattre. Certains appelleront ça une révolution.

David Abiker

 

 

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