Inceste : l’Affaire Olivier Duhamel déclenche une onde de choc

Le silence, ingrédient majeur de ce que vos journaux relatent désormais sur la longueur : l’affaire de l’inceste révélée par Camille Kouchner qui met en cause dans le livre Familia Grande (éd Seuil) à paraître demain le politologue Olivier Duhamel.

Dorothée Dussy dans Libération parle de la banalité de l’inceste, avec une contrainte au silence de l’agresseur à la victime

Le Figaro parle de L’onde de choc de l’affaire Duhamel, Inceste et onde de choc titre Libération pour qui les révélations du livre précédées par celles du Monde et du Nouvel Observateur mettent fin à une omerta. Et c’est justement le mécanisme du silence en matière d’inceste que démonte l’anthropologue Dorothée Dussy dans Libération. Pour l’auteur du Berceau des dominations – anthropologie de l’inceste, il existe une banalité de l’inceste, presque toujours commis par un homme qui se sert justement du silence pour rester dans l’impunité.

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Voilà ce que dit l’anthropologue :  « De l’agresseur à la victime, la contrainte au silence se joue sur plusieurs registres : celui de la séduction, celui de la clandestinité +c’est un secret+ ou de la menace +tu feras souffrir ta mère si tu parles+ ». Et elle poursuit, expliquant en substance que c’est grâce à ce silence que le fonctionnement incestueux d’une famille peut continuer plusieurs années. Pour interrompre ce fonctionnement, il faut un dévoilement, et pour que la cellule familiale n’explose pas à ce moment-là, il faut encore du silence.

 

Affaire Duhamel : Camille Kouchner a eu l’autorisation de son frère pour écrire et publier son livre

Ensuite Libération pose à la chercheuse cette question : comment rompre la loi du silence ? En sortant du silence et en accueillant la parole des victimes d’inceste et en s’adressant aux hommes à voix haute. Dans l’affaire Kouchner/Duhamel tout le monde savait ou presque dans l’entourage de cette famille recomposée mais tout le monde s’est tu. Pourquoi ? parce que la victime elle-même faisait silence et s’opposait au dévoilement. Ce n’est avec l’autorisation de de son frère que Camille Kouchner a pu sortir du silence. S’en prendre à ceux qui savaient et n’ont rien dit comme le font en ce moment même les petits procureur hystériques de Twitter n’a aucun sens puisqu’il se taisait par respect pour la victime. C’est aussi ça le cercle vicieux de l’inceste. Se taire c’est l’entretenir, en parler c’est souffrir. Il y a donc le silence subi tel que le décrit Camille Kouchner dans les colonne de l’Obs aujourd’hui, et il y a le silence choisi tel que l’Obs toujours décrit cette ruée vers le silence.

 

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Des dîners silencieux, des casques anti bruit, des randonnées ou la parole est prohibée, des monastères ou elle est proscrite, comme l’écrivait Sylvain Tesson en 2011, le silence se négociera demain à prix d’or. Sauf que le confinement est passé par là et que les citadins renouent avec le silence, on dévore l’histoire du silence de l’historien Alain Corbin, on fuit le bruit des villes pour le silence apparent des campagnes, on médite sans bruit, on fait du yoga, on découvre que le silence peut se partager dans une honnête complicité, et on relit cette phrase d’un autre anthropologue, David Le Breton auteur d’un traité du silence qui résume assez bien l’actualité du jour : « le silence est à la fois source de peur, d’effroi de la même manière qu’il peut générer de l’émerveillement. Tout dépend des significations  qu’on y projette et du contexte ».

David Abiker

 

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