Misha Maisky est le seul violoncelliste à avoir étudié à la fois avec Rostropovitch et Piatigorsky. Grand ami de Martha Argerich, ils partagent le même goût pour la liberté, visible dans son look vestimentaire sur scène. Son jeu est extrêmement romantique, avec souvent beaucoup de vibrato. On adore ou on déteste, mais on ne reste jamais indifférent à Misha Maisky.
Misha Maisky en 8 dates :
1948 : Naissance à Riga, en Lettonie (à l’époque, partie de l’Union Soviétique).
1966 : Lauréat du Concours Tchaïkovsky de Moscou. Etudie avec Rostropovitch.
1972 : Emigre en Israël et prend la nationalité israélienne
1975 : Entame une longue amitié avec Martha Argerich
1982 : Contrat d’exclusivité chez Deutsche Grammophon, qui débute par le Double Concerto de Brahms avec Gidon Kremer.
1985 : Première intégrale des Six Suites pour violoncelle seul de Bach
1999 : Deuxième intégrale des Six Suites pour violoncelle seul de Bach
2011 : enregistre avec sa fille Lily un disque de musique espagnole
Misha Maisky : de Riga à l’exil, l’histoire d’un violoncelliste d’exception
Misha Maisky commence le violoncelle à Riga, où il est né en 1948 dans une famille juive, marquée par les violences nazies et l’annexion de la Lettonie par l’URSS. En 1962, Misha Maisky entre au Conservatoire de St Pétersbourg – à l’époque Leningrad. Il se classe sixième au Concours Tchaïkovsky en 1966, avant d’étudier avec Mstislav Rostropovitch à Moscou.
En 1970, il est enfermé dans un camp de travail à Gorki pendant 18 mois, officiellement pour avoir voulu s’acheter un magnétophone sans autorisation, mais plus probablement pour ses origines juives qui le rendent suspect aux yeux des autorités soviétiques. Sa sœur ayant émigré en Israël, elle trouve un mécène américain prêt à négocier sa sortie de l’URSS. C’est ainsi que Misha Maisky part en Israël en 1972 et obtient la nationalité israélienne.
Misha Maisky reçoit un cadeau inespéré d’un anonyme, un violoncelle historique
En Israël, les concerts reprennent, dans le pays et à l’étranger. Misha Maisky fait ainsi ses débuts à New York, au Carnegie Hall, avec l’Orchestre de Pittsburgh. Un admirateur anonyme lui envoie alors un violoncelle fabriqué en 1720 par Montagnana, l’un des grands luthiers vénitiens du XVIIIème siècle. Un cadeau inespéré, que Misha Maisky gardera toute sa vie. C’est encore sur cet instrument qu’il joue à plus de soixante-dix ans.
Aux Etats-Unis, Maisky fait des rencontres musicales importantes. Il s’installe à Los Angeles pour bénéficier des conseils de Gregor Piatigorsky, dont il est l’un des derniers élèves. Le grand violoncelliste russo-américain, qui avait lui aussi fui l’URSS 50 ans plus tôt, décèdera deux ans après, en 1976. Misha Maisky rencontre aussi à l’époque Martha Argerich, qui va devenir l’une de ses partenaires préférés en musique de chambre.
Les collaborations légendaires : Martha Argerich, Gidon Kremer et Deutsche Grammophon
Parmi les partenaires musicaux récurrents de Misha Maisky, il faut aussi citer Gidon Kremer. En 1982, ils enregistrent ensemble le Double Concerto de Brahms avec le Philharmonique de Vienne dirigé par Leonard Bernstein. C’est avec ce disque que va démarrer le contrat d’exclusivité de Maisky avec Deutsche Grammophon. Contrairement à d’autres artistes, Maisky restera toujours fidèle au label à l’étiquette jaune, y compris pour les projets familiaux.
A lire aussi
En 2019, il enregistre ainsi des sonates du XXème siècle avec sa fille Lily au piano. C’est leur deuxième album ensemble, après un premier consacré à la musique espagnole en 2011. Lily est l’aînée de ses quatre enfants, et la seule fille. Deux de ses fils sont eux aussi musiciens : Sasha au violon, et Maxim au piano. Leur père aimait les emmener dans ses déplacements lorsqu’ils étaient enfants, et aujourd’hui monte régulièrement sur scène à leurs côtés.
Misha Maisky et Bach : une passion dévorante et des interprétations uniques
En 1985, Misha Maisky enregistre les Six Suites de Bach. Il gravera à nouveau ce monument de la littérature pour violoncelle en 1999, ce qui est plutôt rare chez les violoncellistes – exception faite de Yo-Yo Ma qui en laisse trois versions. Maisky a en outre exploré les Variations Goldberg transcrites pour trio à cordes avec Julian Rachlin et Nobuko Imai, et les Sonates pour violoncelle et clavier avec Martha Argerich. Bach est en effet l’un des compositeurs fétiches de Misha Maisky… au point d’avoir fait sculpter les notes de la Sarabande de la Suite en ut mineur sur la grille de son studio de travail près de Bruxelles !
A l’opposé de la pratique baroque, Maisky revendique l’usage d’un archet moderne et un style romantique. Selon lui, les conditions d’écoute n’ayant plus rien à voir aujourd’hui avec celles du XVIIIème siècle, et Bach étant en avance sur son temps, la recherche d’interprétation d’époque n’a pas lieu d’être. Cette passion pour Bach, Misha Maisky la partageait avec son frère Valery, organiste et claveciniste décédé en 1981.
Mischa Maiksky, un artiste épris de liberté, mais qui ne dénigre pas la reconnaissance académique
Dès le premier regard, son look dénote sa forte personnalité : col de la chemise largement ouvert, sans veste, des bagues aux doigts, et les cheveux mi-longs qui flottent au gré de ses mouvements de tête. Un style très libre, qui tranche avec le costume noir auquel sont majoritairement restés fidèles les musiciens de sa génération.
Cette liberté vestimentaire n’empêche pas Misha Maisky d’être membre de très sérieuses académies : membre honoraire de la Royal Academy de Londres, de l’Académie Sainte Cécile à Rome, et de l’Académie de musique de Jérusalem. Doté d’une bonne santé et d’une formidable énergie, Misha Maisky continue de jouer à plus de soixante-dix ans sur scène, notamment au festival de Verbier dont il est un habitué.
Sixtine de Gournay
Plus d’artistes interprètes