« Mais ils vivent dans quel monde ? » : Thierry Breton dénonce l’aveuglement de certains politiques face aux menaces russes

LEO VIGNAL/SIPA

« Il est temps qu’on ouvre les yeux ». Thierry Breton a voulu alerter l’opinion ce matin sur la menace russe qui pèse sur l’Europe et la France. L’ancien Commissaire européen et ex-ministre de l’Economie était l’invité de David Abiker dans la matinale de Radio Classique ce jeudi.

C’est un homme d’expérience qui lance l’alerte. L’ancien Commissaire européen pour le marché intérieur, en charge du numérique, de l’industrie et des services, de la défense, de l’espace, de l’audiovisuel et du tourisme dénonce l’aveuglement de ceux qui tentent de minimiser les assauts russes.

« C’est tous les jours qu’on est attaqué ! Ils ne savent pas ce qu’est une cyber guerre ? » a-t-il lancé au micro de David Abiker. Et la menace est protéiforme.

Thierry Breton égrène ce qui permettra aux Européens de se protéger, car même si les questions de défense restent nationales, c’est « ensemble » qu’il faudra agir, explique-t-il. Il souligne ainsi que certains espaces ne peuvent pas être protégés par un seul pays : « les espaces aériens, l’espace cyber – dans lequel on compte tellement d’attaques, en particulier russes, tous les jours -, l’espace maritime et le spatial ».

Un bouclier anti-missile européen

Il existe des projets, mais il faut maintenant les financer, poursuit l’ancien Commissaire européen, qui cite les montants envisagés. « Pour l’espace aérien, il faut un neurodome, c’est-à-dire un bouclier antimissile et anti aérien qui nous protège tous. Il y en a pour 60 à 70 milliards d’euros ».

Thierry Breton en vient au maritime, espace « où nous sommes attaqués tous les jours, notamment par des bateaux espions russes qui [visent] nos câbles sous-marins, et qui peuvent les sectionner ». Il évoque ainsi un programme de drones sous-marins pour 10 milliards d’euros.

Vient ensuite la cybersécurité, qui nécessite « un bouclier, une espèce de bulle qui protège face aux attaques quotidiennes [qui ciblent] nos hôpitaux et nos administrations ». Estimation : 5 milliards d’euros pour des supercalculateurs avec intelligence artificielle intégrée.

Enfin il y a la nécessaire protection du spatial européen, poursuit l’invité de David Abiker, qui évoque des satellites « pas totalement fréquentables » et le besoin de détecter les menaces balistiques. 5 milliards de plus.

Des think tanks d’extrême droite qui minimisent les risques

Tous ces investissements sont indispensables, martèle Thierry Breton, n’en déplaise à ceux qui accusent les autorités de brandir des épouvantails. L’ex-Commissaire ne cache pas son agacement face à ceux qui nourrissent ces « narratifs », pointant des « think tanks d’extrême droite nourris notamment par les influences hongroises et russes ».

« On nous dit, ‘les chars à la porte de Paris, ce n’est pas pour demain’, mais dans quel monde vivent ces gens-là ? » lance Thierry Breton. « Ils savent ce que c’est, que la guerre hybride ? »

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Il note que « 70% des Français sont pour augmenter nos capacités de se défendre », et ajoute, au sujet de ces personnalités politiques « qui se reconnaîtront » : « s’ils veulent avoir un avenir politique, il faudra peut-être qu’ils changent de narratifs, eux aussi ».

Béatrice Mouedine

 

 

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