Guerre en Israël : « La France est particulièrement exposée à un rebond du conflit » selon le chercheur Hugo Micheron

Tsafrir Abayov/AP/SIPA

Le chercheur en sciences politiques Hugo Micheron, enseignant à Sciences Po, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi. Grand connaisseur des réseaux sociaux, il estime qu’on n’a pas encore pris la mesure de l’ampleur de leur influence dans ce conflit.

La guerre en Israël aura-t-elle des répercussions en Europe ? Si oui, sous quelles formes ? Ces questions hantent tous les esprits, en particulier en France, « particulièrement exposée à la possibilité d’un rebond du conflit à Gaza » explique Hugo Micheron. Elle abrite en effet non seulement la communauté juive la plus nombreuse, mais aussi le plus grand nombre de musulmans.

Face à ce danger « bien réel » d’importation du conflit en France, Emmanuel Macron réunit aujourd’hui tous les chefs de parti, et s’exprimera ce soir à la télévision, pour appeler les Français à garder leur unité.

Une unité mise à mal par l’ampleur de la portée des réseaux sociaux, souligne Hugo Micheron, auteur de La colère et l’oubli, les démocraties face au jihadisme européen (éd Gallimard). Il évoque une « daeshisation du Hamas » avec des actes d’une extrême brutalité et d’une violence absolue, et un appel du chef du mouvement à une mobilisation partout dans le monde pour s’en prendre à des cibles juives.

Un bras de fer entre Elon Musk et Thierry Breton

Hugo Micheron déplore « les manifestations de joie » vues sur les réseaux sociaux face aux exactions du Hamas, dans les territoires où le jihadisme a des ramifications. Plus inquiétant encore, le chercheur a constaté sur les réseaux « a minima de l’ambiguïté, voire du soutien [à l’attaque du Hamas] dans des milieux qu’on pouvait difficilement soupçonner de collusion avec les barbares ».

C’est un « problème » poursuit-il, car cela signifie que « la boussole morale de certains citoyens européens est cassée ». Le Hamas s’en sert pour délivrer un message de haine des juifs. Message largement relayé sur les réseaux sociaux, et notamment sur X.

Des robots de génération automatique de contenu pour échauffer les esprits

Elon Musk a d’ailleurs été interpellé sur le sujet par le commissaire européen Thierry Breton. Le patron de X n’a pas tenu compte de cet appel à la modération, et c’est finalement assez logique, analyse Hugo Micheron : « c’est un rapport de force. Elon Musk contrôle l’algorithme de son réseau social », autrement dit, il est libre d’agir ou pas.

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« L’Europe est le premier espace numérique au monde, mais n’a le contrôle d’aucun réseau social, contrairement à la Russie ou la Chine ». Or ce sont précisément ces espaces digitaux où circulent toutes sortes de nouvelles, et surtout des infox. Aujourd’hui des pays comme la Chine, la Russie, ou encore la Turquie sont capables, « grâce à des robots de génération automatique de contenu », de diffuser massivement des rumeurs sur ce conflit au Proche-Orient, « soutenant des points de vue opposés » pour échauffer les esprits, et déstabiliser les pays. Face à ces dangers, l’Europe n’a aujourd’hui aucune souveraineté algorithmique.

Béatrice Mouedine

 

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