Antonio Vivaldi est resté dans l’histoire comme « le Prêtre roux ». Le violoniste virtuose, qui a consacré sa vie à la musique, n’a jamais célébré l’office liturgique. Le compositeur lui-même s’en expliqué, invoquant des raisons médicales, humaines et artistiques.
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Vivaldi ordonné prêtre par ambition familiale
Vivaldi naît en 1678 à Venise, au moment même où la ville est secouée par un tremblement de terre. Son père, violoniste à la basilique Saint-Marc, lui enseigne la musique dès l’enfance, et Antonio, aîné de six enfants, est destiné à la prêtrise. Un destin tracé par sa famille qui ne correspond pas vraiment à une vocation spirituelle.
Sa formation musicale se poursuit en parallèle de ses études religieuses : il étudie chez les pères de San Geminiano et de San Giovanni, tout en apprenant le violon avec son père, qu’il remplace parfois dans l’orchestre de la basilique. C’est Legrenzi, maître de chapelle de Saint-Marc, qui parachève sa formation. Il est ordonné prêtre en 1703.
Vivaldi invoque la maladie comme échappatoire providentielle
Antonio Vivaldi souffre d’une maladie chronique qu’on appelle strettezza di petto, littéralement, l’étroitesse de poitrine. De l’asthme, en somme, peut-être lié au climat vénitien. Ce mal le dispense, peu après son ordination, de dire la messe. Il l’explique lui-même :
« Par trois fois, j’ai dû quitter l’autel avant qu’elle ne fût dite, cette messe, par la faute de ma maladie. »
Il devient alors simple abbé, sans obligation pastorale, entièrement libre de se consacrer à la musique. Deux ans après son ordination, il publie un premier recueil de sonates en trio.
Une liberté revendiquée par Vivaldi, mais une foi intacte
Vivaldi était-il pour autant insincère dans sa foi ? Le témoignage de Carlo Goldoni permet de nuancer cette vision. L’écrivain le décrit ainsi, lors d’une visite :
« J’allais chez l’abbé Vivaldi. Je le trouvais entouré de musique et son bréviaire à la main. Il se lève, il fait le signe de la croix en long et en large, met son bréviaire de côté et me fait les compliments ordinaires. Après que je lui eus adressé quelques mots, il reprit son bréviaire et fit à nouveau le signe de la croix sans me faire une réponse. Monsieur, lui dis-je alors, je ne voudrais pas vous distraire de votre occupation religieuse, je reviendrai à un autre moment. Vivaldi continua cependant notre conversation puis, reprenant son bréviaire, il récita des psaumes et ses hymnes en se promenant. »
Vivaldi et le scandale des deux sœurs
La situation personnelle de Vivaldi ne tarde pas à alimenter les rumeurs. Vers 1726, alors qu’il a 48 ans, il entame une liaison avec une jeune chanteuse de 16 an. Sa sœur entre également dans l’intimité du compositeur, lui servant en quelque sorte d’infirmière, puisque la santé de Vivaldi est toujours chancelante.
L’Église est scandalisée. Les rumeurs vont bon train : les deux jeunes femmes se partageraient les faveurs du prêtre roux. Les autorités ecclésiastiques tenteront d’empêcher les jeunes filles de se produire à Ferrare en 1737-1738, invoquant le fait que Vivaldi n’a jamais célébré l’office liturgique.
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Face à ces accusations, Vivaldi choisit de se justifier avec une franchise désarmante, dans une lettre adressée au marquis de Bentivoglio. Il y explique qu’il ne dit plus la messe, et ne la dira plus, en raison du mal qui l’oppresse : « je vis presque toujours chez moi et ne sors qu’en gondole et en carrosse, parce que je ne puis plus marcher sans ressentir une douleur et une oppression dans la poitrine. »
Franck Ferrand
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