Le 4 mars 1678, Antonio Vivaldi naît dans la paroisse de San Giovanni in Bragora à Venise. Une naissance qui, selon la rumeur, aurait coïncidé avec une série de violentes secousses qui auraient ébranlé la ville, mettant en péril le difficile exercice de l’accouchement. Fruit du hasard ou coup du destin ? Réalité déformée ou pure affabulation ? La réponse dans cet article.
C’est l’histoire d’un combat mené conjointement. Celui de Dame Nature et de Camilla Calicchio, enceinte d’un premier nouveau-né. D’un côté, un séisme répandu dans toute la Vénétie. De l’autre, une grossesse à risque, à laquelle il faut ajouter la peur des secousses et la crainte d’y perdre son enfant. Face aux caprices de la Nature, la foi en Dieu reste l’unique rempart : sitôt mis au monde, l’enfant devra être baptisé. Une tâche dont se chargera l’accoucheuse de Camilla, Margarita Veronese, afin de garantir à Antonio une place au Paradis si un malheur – effondrement de la bâtisse, mort prématurée – devait arriver.
Une histoire à la dramaturgie impeccable qui, toutefois, doit être prise avec des pincettes : « Plusieurs biographes affirment que, ce jour-là, il y aurait eu un tremblement de terre. Rien d’exceptionnel dans ce fait divers… De légers séismes sont fréquents à Venise. Il font tomber des pierres, des morceaux d’architecture. » affirme Sylvie Mamy dans sa biographie Antonio Vivaldi.
D’importants épisodes sismiques à Venise ?
Si Venise est connue pour avoir subi au cours des siècles des tremblements de terre puissants, l’année 1678 ne semble pas avoir été particulièrement marquante. A titre d’exemple, le scientifique français Alexis Perrey, un des pionniers de la sismologie historique, avait compilé, dans le cadre de son Mémoire sur les tremblements de terre de la péninsule italique en 1847, les dates importantes où la péninsule italienne connut d’importants épisodes sismiques : on a bien recensé dans les années 1660, 1667 et 1670 des secousses d’amplitude variée à Venise, mais rien pour l’année 1678.
Il est vrai que l’idée qu’un compositeur, ayant mis en musique les aléas et la beauté sauvage de la Nature à travers les Quatre Saisons, soit né dans un contexte de catastrophe naturelle, est plutôt séduisante. Ce serait même à cause de cet événement que Vivaldi aurait décidé de devenir en 1703 le fameux « prêtre roux » : « Certains chercheurs émettent l’hypothèse que la mère d’Antonio ait promis son fils à la prêtrise en guise de gratitude parce qu’il avait survécu au tremblement de terre initial. » écrit Christian Soleil dans son ouvrage Vivaldi l’intranquille.
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Ce qui est sûr c’est que, séisme ou non, le nouveau-né, sorti prématurément du ventre de sa mère, était venu au monde dans un état relativement précaire : « Elle (Camilla) met au monde un enfant pâle et chétif ; un enfant qui respire mal. On n’est pas sûr qu’il survivra. » ajoute Sylvie Mamy. Un problème respiratoire et une santé fragile qui accompagneront Vivaldi toute au long de sa vie, le restreignant à des activités d’intérieur, la tête tournée vers les merveilles de la Nature et les tremblements de l’âme humaine.
Clément Serrano
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