Un chef d’orchestre chez les nazis : l’histoire de la disgrâce de Wilhelm Furtwängler

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Wilhelm Furtwängler est considéré comme l’un des plus grands chefs allemands du XXème siècle, sinon le plus grand. Mais en refusant de quitter l’Allemagne à l’arrivée des nazis, le maestro a scellé une sorte de pacte faustien à l’origine de ce qu’on a appelé « l’affaire Furtwängler ».

Dans les années 30, Furtwängler est un homme pétri de contradictions. Chef d’orchestre, il dirige la musique d’avant-garde de Schoenberg ou Bartok, mais compositeur, il créée dans une esthétique post-romantique. Il invite le violoniste juif Yehudi Menuhin à Berlin quelques mois seulement après l’arrivée au pouvoir des nazis. Il démissionne avec fracas du Philharmonique de Berlin, tout en continuant de le diriger encore pendant 20 ans.

Ce musicien hors du commun va connaître la disgrâce au sortir de la guerre, pour n’avoir pas choisi l’exil au moment de l’avènement du nazisme. C’est une blessure dont il ne se remettra jamais. L’étoile de l’artiste n’a en revanche jamais pâli. Ses enregistrements sont réédités, encensés par la critique et les mélomanes. Pour beaucoup, il était même le plus grand chef de l’Histoire.

Un grand séducteur au sommet de sa gloire

Au début des années 30, Furtwängler a la quarantaine et est au sommet de sa gloire. Séducteur, son style et son physique ne sont pourtant pas si faciles : grand et sec, il tord la bouche selon ses émotions et s’agite sur ses longues jambes quand il dirige le Berliner.

Dès 1933, il vit une situation paradoxale : à l’extérieur de l’Allemagne, il est suspecté de renoncement, de vouloir pactiser avec le nouveau régime. A l’intérieur au contraire, on le juge trop tiède, voire réfractaire.

Furtwängler couvert d’honneurs

Il continue à diriger lorsqu’un premier scandale éclate à Mannheim en avril 1933 lors du concert organisé pour le cinquantenaire de la mort de Wagner. Les autorités de la ville demandent le remplacement du premier violon, parce qu’il est juif. Le chef refuse obstinément et à la fin du concert, il jette les partitions à la tête des officiels en jurant qu’il ne remettra plus les pieds dans cette ville. Il n’y reviendra que 21 ans plus tard.

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Le haut dirigeant Göring, pensant attirer Furtwängler, le couvre d’honneurs : il est nommé chef principal du Staatsoper et conseiller d’état. Il rencontre Hitler en août 1933, qu’il qualifie de « camelot chuintant ».

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