Un avion détourné pour empêcher la sortie du film « Les Aventures de Rabbi Jacob », la triste histoire de Danielle Cravenne

NANA PRODUCTIONS/SIPA

Tout le monde a vu Les Aventures de Rabbi Jacob. Mais lorsque le film sort sur les grands écrans en 1973, l’actualité aurait pu contraindre les producteurs à ne pas sortir ce film devenu culte.

Le long-métrage de Gérard Oury doit sortir le 18 octobre 1973, et son attaché de presse s’appelle Georges Cravenne, le futur créateur des César. Il réalise une très grande couverture presse avec des affiches montrant Louis de Funès en rabbin sur tous les murs des grandes villes. Tout est prêt, mais c’est exactement le moment où la situation mondiale va basculer.

Le 6 octobre, 12 jours avant la sortie du film, la guerre du Kippour est déclenchée. C’est le jour du jeûne de Yom Kippour, férié en Israël, que les Egyptiens et les Syriens attaquent par surprise dans le Sinaï et sur le plateau de Golan. En une semaine, l’état hébreu se retrouve assiégé. Il lance rapidement une contre-offensive qui lui permet de pénétrer en Syrie et de traverser le Canal de Suez.

Des lettres de menaces visant Gérard Oury

En France, comme personne n’a encore vu Les Aventures de Rabbi Jacob, on ignore que le scénario est un appel à la fraternité. Certains s’insurgent contre une comédie qui tombe au plus mal. On y voit un soutien inconditionnel à Israël. D’autres, au contraire, perçoivent une moquerie du judaïsme. Pour le réalisateur Gérard Oury, c’est très difficile, il est attaqué des deux côtés.

Il reçoit des coups de téléphone anonymes, des lettres de menaces et des mots d’injure. Une réunion de crise a lieu, autour de l’opportunité de sortir le film maintenant. Les amis du cinéastes l’appellent pour lui demander de repousser la sortie, redoutant des émeutes, voire des attentats dans les salles de cinéma.

Finalement, la production décide de sortir le film, coûte que coûte. Oury et de Funès, en promotion, appuient sur le message de tolérance et de paix délivré par la comédie. Le 17 octobre, la veille de la sortie, une première projection a lieu pour les acteurs et les membres de l’équipe de tournage, ainsi que les proches. Lorsque la lumière se rallume à la fin, un silence total s’abat sur la petite salle de projection. Il n’y a pas eu le moindre éclat de rire.

Une carabine 22 long rifle

Le 18 octobre, une autre actualité vient encore assombrir la sortie du film. Un avion qui opère la liaison Paris-Nice est détourné. La preneuse d’otages n’est autre que Danielle Cravenne, la femme de Georges Cravenne, l’attaché de presse du film ! Elle exige l’annulation de la sortie du film. En pleine dépression, elle est montée à bord de l’appareil avec une carabine 22 long rifle. Elle revendique en vrac la diffusion d’un message de protestation contre l’indifférence d’un monde soumis à l’argent, que le président Pompidou fonde une oeuvre franco-israélienne, que toutes les voitures soient instantanément interdites de circulation, et que Les Aventures de Rabbi Jacob – un film qu’elle soupçonne d’être anti palestinien – ne sorte pas.

Georges et Danielle Cravenne (SIPA)

 

Danielle Cravenne demande que l’avion atterrisse au Caire, mais pour cela, il doit se ravitailler en kérosène. L’appareil se pose à l’aéroport de Marignane. Elle laisse descendre les 121 passagers. Au bout de quelques heures, les agents du GIGN entrent. Une fusillade éclate, et la seule victime sera justement Danielle Cravenne. Un drame complètement fou qui ravage l’équipe du film.

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Pendant ce temps Les Aventures de Rabbi Jacob sort au cinéma. Gérard Oury, dévasté, se rend incognito dans plusieurs salles. Il constate que le public rit. Le film est un grand succès qui va faire 1 million d’entrées en à peine 9 jours, et ce n’est qu’un début. La critique est unanime, tous saluent une oeuvre sur la fraternité entre les religions au moment même où l’actualité internationale explosive rendait le message nécessaire.

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