En septembre 1945, la Seconde Guerre mondiale prend officiellement fin lorsque le Japon capitule. Mais de l’autre côté du Pacifique, certains soldats japonais ne veulent pas croire cela possible et poursuivent le combat, parfois très longtemps…
Envoyé avec une petite troupe sur l’île de Lubang, dans l’archipel des Philippines, le soldat Hiro Onoda ne croit pas à un prospectus disant que « la guerre a pris fin le 15 août ». Il croit à un subterfuge des Américains et décide de ne pas quitter la jungle. Un an plus tard, il a bien entendu parler de quelque chose, mais son supérieur lui a intimé l’ordre de ne pas se suicider et de, quoiqu’il en coûte, e continuer le combat avec ses trois comparses.
Les soldats américains ont certes disparus, mais il reste des Philippins. Onoda est persuadé qu’ils travaillent avec l’ennemi, alors il continue à saboter les routes, mettre le feu à des maisons occupées par des militaires, creuser des nids-de-poule sur la piste d’atterrissage. Les quatre guérilleros se cachent dans des grottes au centre de l’île, qu’ils connaissent comme leur poche. Pour se nourrir, ils font des razzia.
Des messages par haut-parleur
En 1949, l’un d’entre eux déserte, et par la même occasion, explique aux Philippins qu’il y a toujours des soldats japonais. Cela explique un certain nombre de faits jusqu’alors inexpliqués. Les autorités tentent de prévenir Onoda avec des haut-parleurs. On lui hurle en japonais de se rendre, on lui jette des tracts par les airs. Mais le prospectus comporte une faute d’orthographe, et les trois hommes pensent qu’ils s’agit d’un piège des Américains.
Cette histoire a inspiré le cinéaste Arthur Harari, pour son film « Onoda, 10 000 nuits dans la jungle », César du meilleur scénario original.
La situation va durer des années. En 1954, c’est-à-dire 8 ans plus tard, un avion philippin largue un paquet avec des lettres de leurs proches qui les supplient de revenir. Ils imaginent encore une supercherie de l’ennemi, malgré les photos de leurs familles. 15 ans passent, ils ne sont plus que deux, car Shimada est tué par l’armée philippine suite à un échange de coups de feu.
Son dernier compagnon meurt au bout de 27 ans de combat
10 jours après la mort du soldat japonais, un avion survole l’île avec une grande banderole, sur laquelle est écrite en japonais : « la guerre est terminée ». Des tracts sont envoyés. Une voix hurle au micro ce même message. Rien ne change. Un jour, les deux hommes qui restent parviennent à récupérer un transistor volé à des militaires philippins. Toutes les fréquences japonaises montrent que la guerre est terminée. Ils se disent « ah, ces Américains sont très forts ».
En 1972, ça fait 27 ans que la guerre est terminée. Ils ont la cinquantaine et continuent leurs actes de guérilla, en arrachant des cultures et en tirant sur les avions militaires qui atterrissent. Mais la vie d’Onoda va connaître un séisme : son dernier compagnon meurt dans une rixe contre des paysans. En 1974, un étudiant japonais parvient à l’approcher. Il connaît évidemment l’histoire de ce soldat, une célébrité dans l’archipel nippon.
Un héros au Japon
Il lui demande ce qu’il faudrait pour qu’il rentre. « Un ordre de mon supérieur ». Deux semaines plus tard, l’étudiant est de retour, avec le major d’Onoda. Dans sa nouvelle vie, il est devenu libraire ! Avec son uniforme et sa caquette militaire, il sort un papier du gouvernement et lui ordonne de cesser le combat. C’est la fin de sa carrière.
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Heureusement pour lui, le gouvernement philippin va lui faire grâce de tout ce qu’il a pu provoquer en 30 ans de combats sur l’île, et notamment de tous ces morts. Les autorités ont considéré que ces personnes avaient été tuées dans des circonstances de guerre, même si elle était finie depuis longtemps. A 50 ans, rentré au Japon en héros, il va profiter de sa notoriété pour créer un stage de survie en pleine nature, et écrira ses mémoires, publiées en 2014, l’année de sa mort. Il vécut jusqu’à l’âge de 91 ans.
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