Erich von Stroheim, les dernières années d’un acteur mythique d’Hollywood

RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Emigré d’Autriche à Hollywood, Erich von Stroheim prétendra toute sa vie être un ancien officier aristocratique. Après avoir construit sa légende, il finira ses jours dans les Yvelines, à Maurepas. 

En 1950, Billy Wilder propose à Erich von Stroheim un rôle dans son film culte, Boulevard du Crépuscule (Sunset Boulevard). Il joue le rôle d’un ancien réalisateur, Max, devenu le majordome d’une star déchue du cinéma muet, Norma Desmond, interprétée par Gloria Swanson. Ce majordome, c’est la version mélancolique de Stroheim, un hommage à son propre passé de réalisateur. D’ailleurs il joue son rôle comme Gloria Swanson joue le sien.

Ils se retrouvent plusieurs années après le tournage si difficile de La Reine Kelly (Queen Kelly), réalisé par Erich von Stroheim. Dans Boulevard du Crépuscule, l’héroïne est convaincue d’être à la veille d’un retour triomphal. Elle regarde ses anciens films et notamment… des extraits de La Reine Kelly

Boulevard du Crépuscule est un énorme succès

Stroheim propose des ajouts à Billy Wilder, qui les accepte. Il a l’idée de faire écrire par Max des lettres d’admirateurs à Norma pour lui faire croire que le public ne l’a pas oubliée. D’autres propositions sont refusées, comme celle de Max repassant amoureusement la lingerie de Norma Desmond. Le film est un gigantesque succès. Stroheim est nommé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur second rôle masculin. Il n’en avait pas besoin, sa légende étant déjà tissée.

L’acteur revient en France juste après la fin du tournage. Il vit à Maurepas dans les Yvelines, auprès de sa dernière compagne, Denise Vernac. Comme tout bon aristocrate, qu’il manque ou pas d’argent, il continue à porter beau. Eric von Stroheim invite chaque année les enfants de la ville à Noël, et leur offre des cadeaux. Une atmosphère encore un peu Belle époque.

Stroheim travaille jusqu’au bout

Il est atteint d’un cancer des os, mais cela ne l’empêche pas de continuer à travailler, certes pour gagner sa vie, mais aussi parce que le cinéma est sa vie. Il joue encore dans huit films, publie deux romans et écrit des scénarios et des synopsis. Il travaille constamment jusqu’à son dernier souffle.

Le cinéaste Jean Renoir, qui l’a fait tourner dans La Grande illusion raconte son enterrement : « Ce fut celui qui convenait à ce personnage extravagant. Le cercueil de bois sculpté était tellement grand qu’il fallut élargir le chemin qui menait à la petite chapelle. Le cortège, composé de célébrités du cinéma français, était précédé de musiciens tziganes d’une boîte de nuit qui jouaient des valses viennoises ».

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On peut dire que jusqu’au bout, Erich von Stroheim aura entretenu l’illusion sur sa vie, ses origines. Il a entretenu cette illusion non seulement auprès du public bien sûr, mais auprès de ses propres collaborateurs et même de ses proches, de sa femme, de ses enfants. Ses premiers biographes, qui avaient recueilli son témoignage, ont d’ailleurs participé à l’édification de cette légende. Plus tard, devant l’évidence, l’un d’eux, Herman Weinberg, aura ses mots : « Je pense que cela rend Stroheim encore plus passionnant, je pense qu’il est bien plus grand comme cela. »

 

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