Justine Favart, victime du comte de Saxe : L’immonde marché proposé par le maréchal de Louis XV

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« Vous n’avez point voulu faire mon bonheur, peut-être ferez-vous votre malheur » : voilà la menace à laquelle a fini par céder l’épouse du directeur de l’Opéra-Comique, poursuivie par les assiduités du maréchal de Saxe.

Charles-Simon Favart est un véritable nom du théâtre en France au 18ème siècle. Ses comédies et ses opéras comiques lui ont bâti une belle réputation d’auteur et une de ses œuvres en particulier, La chercheuse d’esprit a connu une véritable réussite dans les années 1740. Ce succès professionnel est couronné d’une joie personnelle puisqu’il vient d’épouser une très charmante danseuse, chanteuse et comédienne.

Marie-Justine-Benoîte Favart-Duronceray, 1757

Justine, que tout le monde appelle « La Chantilly » a 18 ans et arrive d’Avignon. Elle est très belle avec ses yeux sombres, ses traits parfaitement harmonieux, ses cheveux blanchis comme on le fait à l’époque lorsqu’on monte sur les planches. Et pour ne rien gâcher, elle a du talent sur scène, du charisme. Elle a cette espèce de chien qui fait que le public s’enflamme et qu’elle attire volontiers les regards.

Une chance qui se transforme en piège

Simon fait face à quelques intrigues venant de concurrents qui cherchent à gêner un peu sa carrière. C’est normal, il n’y a pas de place pour tout le monde. On a même fait fermer l’Opéra-Comique où il travaillait. Mais quelles que soient les difficultés qu’il peut rencontrer, cet homme-là retombe sur ses pieds. Le destin lui sourit sans cesse et au début de cette année 1746, une lettre lui parvient du maréchal Maurice de Saxe, un des personnages les plus éminents du temps. Il est la gloire du règne de Louis XV, et a gagné l’année précédente la célèbre bataille de Fontenoy. Ce personnage que la France entière applaudit, qui est devenu le héros du temps, a l’intention d’embaucher Simon pour occuper ses troupes engagées en Flandre, dans ce qui est encore à l’époque la guerre de succession d’Autriche.

Quand l’homme le plus important de votre époque vous demande de venir travailler pour lui, évidemment, vous hésitez rarement. Et pour Simon, il n’y a pas d’hésitation. Bien entendu, c’est une chance qu’il faut saisir sans tarder, et le voilà qui organise son déménagement. Il va aller s’installer à Bruxelles. Sa charmante épouse, Justine, ne le suivra pas dans un premier temps. Elle va rester à Paris où elle doit continuer d’établir sur scène la réputation qu’elle n’a cessé de faire croître, et ainsi, Simon s’est trouvé, disons-le, un protecteur, une belle source de revenus. Ce qui a l’air d’être une chance va devenir très vite un piège.

Des regards, des gestes, des sous-entendus insistants

Simon va inciter Justine à faire le déplacement. Puisqu’il faut distraire les soldats, autant que La Chantilly, qui est devenue la gloire de Paris, devienne la gloire du front flamand. A elle de bénéficier dès lors de la bonté de leur hôte. Les Favart, mari et femme, se voient offrir une literie confortable, des tapisseries somptueuses, des victuailles incroyables. Les traiteurs du maréchal en personne sont là pour leur concocter des petits plats. Le temps passe.

Justine comprend que la générosité du maréchal est mieux ordonnée qu’elle l’avait cru. Voilà maintenant que le grand militaire commence à tourner autour d’elle. C’est l’oiseau de proie qui se rapproche, via des regards, des gestes, des sous-entendus un peu insistants. Maurice de Saxe décide même de lui envoyer une missive énamourée. La jolie Justine commence à comprendre que derrière ces mots charmants d’un homme extrêmement puissant, il y a un danger.

Une puissance sans borne

Puisqu’elle a l’intention de rester fidèle à son mari, à son cher Simon, elle va prendre une décision, celle de s’éloigner au plus vite, sans prévenir. Alors évidemment, quand on est le maréchal de Saxe, quand on a accumulé les victoires, quand on commande à des dizaines de milliers d’hommes, subir le départ inopiné et secret de celle sur laquelle on avait commencé à jeter son dévolu est considéré comme un affront. Cela fait trop longtemps que Maurice pense à Justine depuis qu’il l’a vue sur scène. C’est-à-dire qu’en fait, il l’avait repérée avant d’engager son mari.

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Elle est devenue sa cible, et le maréchal est passé aux intimidations, au chantage. La tentative de séduction des débuts est devenue maintenant la simple expression d’une puissance qui ne veut pas de borne. Franck Ferrand vous raconte la suite…

 

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