A cheval entre les Etats-Unis et le continent européen, le compositeur Alexandre Desplat vient de signer la musique du prochain film de Wes Anderson, The Phoenician Scheme, et sa septième collaboration avec le cinéaste américain. L’occasion de décrypter le style « Desplat » en quatre bandes originales.
La Jeune Fille à la perle
En signant la bande originale du film culte de Peter Webber, La Jeune Fille à la perle (2003), Alexandre Desplat attire l’attention d’Hollywood. Peu commune, sa musique est aux antipodes des standards créatifs américains, le compositeur faisant jouer ici un petit orchestre où chaque note, chaque motif, chaque instrument a sa voix pleine et entière, préférant jouer sur la couleur plutôt que sur la densité, sur le détail plutôt que sur la masse. Un travail de peintre qui souhaite capter le plus fidèlement possible les petites choses de la vie et la beauté qui en émane. Ce que l’on retrouve, par exemple, dans Camera Obscura ou Griet Remembers.
Mais s’il y a bien un morceau à retenir de cette bande originale, c’est le thème de son héroïne principale (Griet’s Theme). Construite sur le principe de répétition, la structure mélodique de ce thème prend la forme d’une ritournelle qui, à travers la douceur de la flûte et le lyrisme des cordes, explore le registre de l’intime et de l’éphémère.
Un mélange de candeur et de fatalisme
« Si l’orchestration avait été plus fournie, j’aurais été comme un éléphant dans cet atelier de peintre : j’aurais brisé la magie de la lumière, de la beauté et du silence. » confie le compositeur dans son ouvrage, Musique et cinéma. Un rendu sonore qui à l’instar de son héroïne, combine en un clair-obscur un mélange de candeur et de fatalisme.
De battre mon cœur s’est arrêté
Quatrième collaboration du compositeur avec le réalisateur Jacques Audiard (Un héros discret, Un prophète, De rouille et d’os …), la musique de De battre mon cœur s’est arrêté (2005) – récompensé d’un Ours d’argent à la Berlinale en 2005 – se présente comme une suite pour cordes, piano et percussions, dont la principale caractéristique est de proposer une structure harmonique qui soit dépouillée de toute ostentation.
Une horizontalité sonore qui s’affranchit des lignes du temps pour investir le champ de la mémoire et des perceptions sensorielles, celles vécues par son protagoniste principal, Thomas, dont la vie criminelle menée dans les rues de Paris l’empêche de réaliser un rêve qu’il nourrit de longue date : devenir pianiste. Une musique, qui à l’image du film et de son réalisateur, échappe à tout cadre formel pour laisser libre cours aux expérimentations sonores :
Lust, Caution
« La plupart des musiques de film d’aujourd’hui sonnent plus françaises qu’austro-allemandes. Il suffit d’écouter la partition d’Alexandre Desplat, Lust, Caution. » Cette citation, traduite de l’essai Scoring The Screen d’Andy Hill, établie l’idée selon laquelle la musique hollywoodienne fut influencé un temps par le Romantisme allemand (Wagner, Strauss …) avant de puiser de nouvelles inspirations dans la musique française impressionniste de la fin du XIXème siècle – représentée, entre autres par la musique de Claude Debussy ou de Maurice Ravel. Un phénomène qui, selon l’auteur, serait caractéristique des musiques de film contemporaines.
Un thème langoureux
Il est vrai que la bande originale de Lust, Caution, composée en 2007 pour le réalisateur taïwanais Ang Lee, peut témoigner de cet héritage. D’une musique qui vient susciter chez l’auditeur une évocation picturale, une saveur, un parfum, une impression. En témoigne le thème langoureux de Wong Chia Chi.
The Grand Budapest Hotel
Alexandre Desplat, c’est enfin la filmographie de Wes Anderson et de ce qui est devenu un succès critique et public de l’un des plus grands maîtres du formalisme américain : The Grand Budapest Hotel. L’histoire d’une course à l’héritage entre les murs d’un Grand Hôtel, quelque part dans les cimes enneigées d’une contrée imaginaire d’Europe centrale.
Un long-métrage multirécompensé qui recevra notamment l’Oscar de la meilleure musique de film pour Alexandre Desplat, signant ici une rêverie musicale à la fois dépaysante et folklorique, conçue à la manière d’un jeu de construction où chaque personnage, chaque décor, chaque « altitude » bénéficie de sa propre identité sonore :
Clément Serrano
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