Alexandre Desplat signe l’identité sonore de Radio Classique !

Vianney Le Caer/AP/SIPA

A l’occasion de ses 40 ans, l’an dernier, Radio Classique a fait appel à Alexandre Desplat pour donner une nouvelle couleur musicale à son antenne. Pour rythmer les émissions, le grand compositeur de musiques de films a décliné un thème à mi-chemin entre classique et jazz.

Découvrez l’habillage sonore de Radio Classique :

 

C’est un challenge inédit auquel s’est attaqué Alexandre Desplat pour réaliser et composer l’habillage musical de Radio Classique. Pour réaliser cet habillage, le compositeur de plus de 150 bandes originales depuis 1985, doublement oscarisé (The Grand Budapest Hôtel et La Forme de l’eau), s’est enfermé au mois de juin aux Studios Saint-Germain à Paris avec son fidèle Traffic Quintet. À l’issue de ces séances d’enregistrement, il s’est confié à Bertrand Dermoncourt, le directeur général de Radio Classique.

Quel a été votre processus créatif pour définir l’atmosphère que vous avez créée ?

Comme on est sur Radio Classique, j’ai voulu qu’il y ait une instrumentation qui corresponde à cette radio. Mais ça commence avec la recherche de ce motif, de ces quelques notes. J’ai choisi mi Bémol majeur, mais il évolue parce qu’il y a un changement d’accord, ça se développe vers quelque chose d’un peu plus ouvert, de plus apaisé. Il faut que ça reste élégant, que ce soit un peu sophistiqué, un peu français… Radio Classique en somme !

Vous avez décliné cette mélodie en plusieurs versions pour accompagner les différents moments de l’antenne. Comment avez-vous créé ces différentes versions ?

J’ai voulu associer au piano une harpe, et les merveilleux musiciens du Traffic Quintet. Cela a permis une grande variété de timbres, avec l’aide de la contrebasse, le 5e élément qui complète le quatuor à cordes utilisé. Ça permet d’élargir le spectre, l’ambitus du groupe. Et puis, on sait qu’avec les cordes, il y a tellement de sonorités possibles que ça ouvre l’espace, cela donne beaucoup de possibilités.

Alexandre Desplat : « un mini-orchestre symphonique… pas si classique que ça »

Et puis j’ai ajouté aussi une trompette, qui joue quelques motifs. Quelques flûtes aussi et un cuivre, pour là aussi varier un peu les sonorités de temps en temps. Tout en restant dans un domaine sonore issu de l’orchestre classique. En somme nous avons un mini-orchestre symphonique… mais finalement pas si classique que ça. Car nous sommes dans une atmosphère très intemporelle.

Je n’ai pas voulu faire quelque chose d’académique. Et puis il y a beaucoup d’accords qui sont plutôt issus du jazz, ça fait partie aussi de mon univers. Mais au final la sonorité, les timbres choisis, font que nous restons en lien avec l’univers classique.

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On retrouve notamment du Ravel, joué à la flûte basse…

Oui, on ne peut pas s’empêcher de garder en référence Ravel, Debussy et Fauré quand on est un musicien français et qu’on parle de musique classique. Forcément, la musique du début du XXe siècle est un peu la clé de voûte de tout ce qui a suivi, même si après, il a fallu se libérer de cette musique. Mais bien sûr, la musique française c’est notre école et c’est bien je crois de la faire perdurer.

 

Il y a beaucoup de diversité dans les programmes de Radio Classique : de l’information, de la musique, de la culture, de l’histoire… Cette particularité, cette diversité, a-t-elle été une contrainte ou une inspiration ?

Je tiens compte du fait que c’est une radio qu’on écoute, destinée à un large public. Je connais beaucoup de gens qui l’écoutent en voiture, à la maison, chez un médecin, et je crois que l’une des qualités de cette radio est sa versatilité, quant au public qu’elle touche. Il fallait donc que la musique suive cette idée, qu’elle puisse s’adresser à un public suffisamment large. D’où cette ouverture que j’évoquais concernant la mélodie.

Propos recueillis par Bertrand Dermoncourt

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