Attirer les jeunes, la stratégie payante du Met Opera de New York pour la prochaine saison

Créations sur la guerre en Afghanistan ou sur Malcolm X, adaptations de best-sellers, commandes à des compositrices: le Metropolitan Opera de New York (Met) programme de plus en plus d’œuvres américaines contemporaines afin de séduire un public plus jeune et multiculturel. Une stratégie qui s’est avérée payante lors de la saison dernière.

Pour sa 139e saison, dévoilée le 21 août, le Met Opera redémarrera le 23 septembre avec un opéra mettant en scène une pilote américaine face à la guerre conduite par les Etats-Unis en Afghanistan de 2001 à 2021. Grounded (Enraciné), spécialement commandé par l’Opéra, a été mûri pendant dix ans par la compositrice new-yorkaise Jeanine Tesori et adapté d’un livret de l’Américain George Brant.

La mezzo-soprano canadienne Emily D’Angelo incarne Jess le personnage principal, une pilote d’avion de combat F-16, qui, après une grossesse imprévue, est réaffectée pour commander un drone armé en Afghanistan, mais depuis le Nevada. Aux prises avec des dilemmes éthiques et psychologiques, elle doit concilier sa vie de mère et d’épouse tout en préservant sa santé mentale et son intégrité morale dans une mission où elle donne la mort à distance.

Le Met veut parler « du monde dans lequel nous vivons »

Peter Gelb, le directeur général du Met, estime que « c’est avec des opéras comme Grounded que le Met attirera un public plus jeune et plus large. Cette ouverture de la saison 2024-25 reflète l’engagement du Met à élargir les canons de l’opéra à des œuvres qui parlent du monde dans lequel nous vivons ». Un point de vue largement abondé par le directeur musical Yannick Nézet-Séguin : « Grounded ouvre un débat essentiel sur la santé mentale et le stress post-traumatique. Toutes les expériences humaines doivent être représentées dans notre art ». La dernière représentation de Grounded, le 19 octobre, sera d’ailleurs retransmise en direct dans des cinémas du monde entier.

La programmation de la saison dernière avait déjà témoigné d’une ouverture à la diversité et à des problématiques contemporaines aux Etats-Unis. Ainsi, en septembre 2023, l’adaptation du best-seller et film oscarisé Dead Man Walking (La Dernière Marche), intense plaidoyer moral contre la peine de mort, avait ouvert la saison au Lincoln Center.

Un tiers des New-Yorkais sont hispaniques

X: The Life and Times of Malcolm X avait revisité en novembre la vie de l’icône du mouvement des droits civiques, assassinée en 1965, avec une mise en scène au style afro-futuriste et, pour la première dans l’histoire du Met, une œuvre en espagnol, Florencia en el Amazonas, cherchant à diversifier son public à New York, incroyable mosaïque multiculturelle dont un tiers de la population est hispanique, a été programmée à l’automne 2023.

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En 2025-2026, le Metropolitan Opera continuera de creuser ce sillon: il a commandé Lincoln in the Bardo à une autre femme, la compositrice américaine de 43 ans Missy Mazzoli, sur un livret du Canadien Royce Vavrek, adapté du best-seller éponyme de George Saunders.

Philippe Gault (avec AFP)

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