Musique classique : Le célèbre thème de James Bond est-il copié sur un morceau du compositeur Jean Sibelius ?

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Si ce n’est pas le compositeur John Barry qui est le créateur du thème original de la saga James Bond – mais bien Monty Norman à qui l’on doit la structure mélodique – sa contribution en tant qu’arrangeur et orchestrateur a permis de transformer un air prometteur en un thème culte. A moins que ça ne soit le génie du Grand Nord qui soit venu donner à John Barry un petit coup de pouce. 

Conçu à l’origine pour un projet de musical avorté – une adaptation d’un roman de V.S. Naipaul, Une maison pour Monsieur Biswas – le thème d’inspiration indienne proposé par Monty Norman pour habiller le premier volet de la saga, James Bond contre le Dr. No (1962), peine à convaincre dans sa première version orchestrée : « Il nous fallait quelque chose de frais, un son contemporain pour le thème principal » confie Norman sur son site internet.

Un supplément d’âme et de nouveauté qui sera apporté par un jeune compositeur, John Barry (Amicalement vôtre, Out of Africa …), à qui l’on confie la tâche de réarranger et de réorchestrer le thème original.

Une explosion de couleurs cuivrées

Parmi ses nombreux apports au matériau de base, des éléments empruntés au jazz symphonique, donnant au thème cette explosion de couleurs cuivrées, ainsi qu’une série de quatre notes qui deviendra un motif phare de l’identité sonore de la saga, accompagnant notamment le célèbre Gun Barrel Scene à partir du deuxième opus, Bons baisers de Russie.

Cette série de quatre notes, qui peut faire écho pour les amateurs de jazz au célèbre Nightmare de Artie Shaw, n’a pas manqué de piquer la curiosité du journaliste britannique Tom Service qui, dans un article de The Guardian datant de 2010, fait le rapprochement entre ce motif du thème original et les premières mesures d’une œuvre orchestrale de Jean Sibelius : Cassazione, op. 6 :

Composée en 1904, révisée en 1905, cette œuvre méconnue de Sibelius est loin de constituer un sommet dans la carrière du compositeur. Il est toutefois amusant de noter à quel point la ressemblance est troublante, même si ce motif n’est pas exclusif au maître finlandais. Ce qui est plus intéressant c’est la place que Sibelius a occupé dans l’éveil et l’éducation musicale de John Barry.

John Barry passionné par Sibelius

On apprend ainsi dans la biographie d’Eddi Field, John Barry : A Sixties Theme, que le passe-temps favori du petit Barry, fils d’un gérant de salles de cinéma, consistait à s’isoler dans sa chambre pour écouter ses disques favoris du compositeur finlandais, reproduisant avec ses jouets des scènes de film vues sur grand écran : « Quand tu es au milieu d’un bon jeu – avec de la musique de Sibelius en toile de fond et tous ces jouets Dinky, la dernière chose dont tu aies envie soit que quelqu’un débarque dans la pièce et vienne t’extirper de tes pensées. »  

Une passion pour le compositeur qui continuera à se vérifier bien des années après, lorsqu’en 1999, John Barry déclarera dans l’émission radiophonique de la BBC Desert Island Discs qu’il prendrait avec lui la Symphonie n° 5 de Sibelius s’il devait être amené à vivre sur une île déserte.

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Au-delà de cette passion pour le compositeur finlandais, c’est surtout le répertoire symphonique qui trouve grâce à ses yeux, John Barry admirant l’énergie et le romantisme naturel qu’il parvient à déployer. Une influence qui suivra le compositeur dans la plupart de ses partitions, à l’image des bandes originales du western Danse avec les loups, du drame sulfureux Proposition indécente, du film d’aventures High Road to China ou bien encore du célèbre thème d’Out of Africa :

Clément Serrano

 

 

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