Hector Berlioz, animé par la jalousie, a voulu se déguiser en femme pour assassiner sa fiancée

GUIS/TF1/SIPA

Dans une lettre adressée au peintre Horace Vernet, Hector Berlioz se confie sur la raison de son départ précipité de la Villa Médicis, quinze jours seulement après s’y être installé : « Un crime hideux, un abus de confiance dont j’ai été pris pour victime, m’a fait délirer de rage depuis Florence jusqu’ici. Je volais en France pour tirer la plus juste et la plus terrible des vengeances. » De quel crime notre cher et impétueux compositeur a-t-il donc été victime ? La réponse dans cet article ! 

 Fin de l’hiver 1831. Berlioz est parti en exil « volontaire » en Italie pour assurer aux parents de sa promise, la pianiste Marie Moke –connue également sous le nom de Camille-, un avenir économique radieux pour son futur ménage. Le Grand Prix de Rome qu’il avait obtenu l’année dernière lui avait permis d’obtenir une pension pour 5 années en échange d’une année en résidence à la Villa Médicis.

C’est avec le cœur lourd et la boule au ventre qu’il entame son périple : « O ma pauvre Camille, mon ange protecteur, mon bon Ariel, ne plus te voir de huit ou dix mois ! Oh ! que ne puis-je, bercé avec elle par le vent du nord sur quelque bruyère sauvage, m’endormir enfin dans ses bras, du dernier sommeil ! » écrit-il à son ami Humbert Ferrand. 

Berlioz s’imagine le pire 

Les premiers jours se succèdent et Hector est sans nouvelle de Camille. Lui serait-il arrivé un malheur ? Aura-t-elle profité de son absence pour aller voir un plus riche prétendant ? En l’absence du moindre signe de vie, Berlioz s’imagine le pire et décide de quitter la Villa Médicis pour regagner la France, conscient qu’en quittant le navire, il abandonnerait le confort d’une vie : « Je suis parti de Rome pour retourner en France, abandonnant ma pension tout entière, parce que je ne recevais point de lettres de Camille. » 

C’est en faisant escale à Florence, en avril, pour soigner une inflammation des amygdales, que Berlioz apprend la nouvelle : Camille Moke est marié à un autre homme, le facteur de pianos Camille Pleyel ! Pour le compositeur c’est tout un monde qui s’écroule et avec lui un besoin vital d’exprimer sa haine en mettant sur pied un plan machiavélique : se déguiser en femme pour ne pas être reconnu, dissimuler sous sa robe des pistolets et foncer dans la capitale assassiner son ex-future femme et son ex-future belle-mère avant de se donner la mort dans un ultime geste tragique : « Il s’agissait de voler à Paris, où j’avais à tuer sans rémission deux femmes coupables et un innocent. Quant à me tuer, moi, après ce beau coup, c’était de rigueur, on le pense bien. Le plan de l’expédition fut conçu en quelques minutes. On devait à Paris redouter mon retour, on me connaissait… Je résolus de ne m’y présenter qu’avec de grandes précautions et sous un déguisement. » peut-on lire dans ses Mémoires.  

Commettre l’irréparable serait renoncer à sa carrière

Malgré tout le génie morbide de la mise en scène, et un certain lyrisme dans la noirceur de ses desseins, Berlioz se ravise. Commettre l’irréparable, ce serait renoncer à sa carrière. À vrai dire il ne sait plus. Il se voit mal passer à l’acte. Ne serait-ce pas injuste pour Camille ? S’il doit s’en prendre à quelqu’un, ça ne peut-être qu’à lui. C’est ainsi que le compositeur, par accident ou par volonté, se noie dans la mer de Gênes avant d’être repéché in extremis par un groupe de marins. 

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Souhaitant rejoindre sa famille, le compositeur fait escale à Nice où, émerveillé par le charme et la tranquillité des lieux, il finit par guérir de ses blessures amoureuses : « Enfin je suis sauvé […] je reviens à la vie avec délices ; je me jette dans les bras de la musique et sens plus que jamais le bonheur d’avoir des amis ». Mais ça, c’était avant de renouer avec un ancien amour de jeunesse, l’actrice Harriet Smithson.  

Clément Serrano  

 

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