Parce qu’il invente, Berlioz dérange. Parce qu’il dérange, Berlioz s’impose, devenant sous la plume du XIXème siècle l’un des musiciens les plus caricaturés de son époque. Entre grosse tête, chevelure endiablée, petit corps frêle et autres fantaisies crayonnées, retour sur un compositeur dont la personnalité et l’ambition sont à la hauteur de l’imagination féconde des caricaturistes.
L’émergence de la presse satirique en France au XIXème siècle a permis de favoriser le dessin comme le nouveau moyen d’expression populaire qui obtiendra ses lettres de noblesse avec la caricature. Parmi les nombreuses illustrations mettant en scène l’actualité sous toutes ses coutures – politique, musicale, littéraire – la figure d’Hector Berlioz tient une place de premier choix chez les caricaturistes, révélant ainsi l’importance qu’il occupait dans le paysage musical français malgré une image souvent peu flatteuse.
Une chevelure montée en meringue, une silhouette longiligne, un nez autoritaire, le regard perdu dans ses pensées : le Berlioz du début des années 30 nous apparait comme le portrait type de l’artiste romantique : celui de la célèbre Symphonie Fantastique et de son écriture novatrice, de son caractère protéiforme et de son avant-gardisme qui n’aura de cesse de faire l’objet de moqueries au fil des années.

Il est celui qui va mettre le feu aux poudres, en témoigne la célèbre illustration de Grandville, Un concert à mitraille, où l’on voit un Berlioz chef d’orchestre entouré d’une armée de cuivres et de contrebasses donner l’ordre de tonner du canon en pleine représentation.
Berlioz a apporté une musique complexe et imposante
Car s’il y a bien un trait de crayon qui lui est associé, c’est celui d’un homme apportant avec lui une musique complexe et imposante : c’est l’échec de son opéra Benvenuto Cellini dont une caricature de 1836 par Benjamin donne à voir un Berlioz niché sur le toit d’un opéra italien, un sac rempli de cuivre. Au pied du bâtiment, une inscription Grande représentation extraordinaire de Malvenuto Cellini, jeu de mots transformant le « Bienvenue Cellini » en « Malvenue Cellini ». C’est aussi la caricature d’un homme-orchestre, où cuivres, vents et percussions servent de refuge à des chiens qui aboient, des chats qui feulent, des lions qui régissent. Un homme qui par l’originalité de son orchestration vient ébranler une certaine conception de la musique.
C’est aussi un chef d’orchestre dont la grandeur des effectifs rivalise, au moins, avec la grandeur du monde : « M. Berlioz profitant de son bâton électrique pour diriger un orchestre qui aura ses exécutants dans toutes les régions du monde » peut-on lire en bas d’une caricature montrant Berlioz transmettre ses consignes de direction sur la planète terre via un système de poteaux plantés aux quatre coins du monde. Il faut dire qu’en terme d’effectifs, Berlioz voyait grand : son Te Deum, crée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1855, ne comportait pas moins de 900 exécutants !
Wagner préféré par Berlioz par le public ?
C’est enfin le compositeur malchanceux qui est parfois représenté. Celui des Troyens qu’il porte à bout de bras et dont il voit régulièrement les portes des théâtres se fermer quand l’heure est venue de le présenter à la face du monde : « Comme quoi les Grecs auraient certainement levé le siège devant Troie si les Troyens avaient eu la partition de M. Berlioz en temps utile. » peut-on lire sur une caricature de Cham parue dans le journal Le Charivari en 1863.
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Un compositeur à qui on préfère un autre génie de l’ambition, Richard Wagner, dont un dessin de Tiret-Bognet illustre à merveille cette mise à l’écart : le maestro allemand, entouré d’une foule d’admirateurs, agite des casseroles aux abords de l’Opéra de Paris tandis que Berlioz, seul et statique, préfère rester avec ses œuvres, conscient qu’un jour la renommée viendra. Une leçon qu’il résumera en cette formule : « Le temps est un grand professeur mais malheureusement il tue ses élèves. »
Clément Serrano

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