Musique classique : Hans Zimmer compare l’ordinateur à un instrument de musique « qui a besoin de pratique au même titre que le piano ou le violon »

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Compositeur de musique de film adulé par les uns, raillé par les autres, Hans Zimmer ne laisse pas indifférent. Lauréat de deux Oscars et d’une dizaine de récompenses, ce musicien autodidacte issu de la musique électronique après un passage éclair dans le grand répertoire s’est fait un nom dans l’industrie du cinéma tout en renouvelant l’approche formelle et esthétique des bandes originales.

Un sentiment d’amertume s’empare du jeune Hans, alors âgé de 6 ans. Ses premières leçons de piano – qui ne dureront pas plus de deux semaines – ne lui donnent aucune satisfaction. Pire encore : il se montre réfractaire à une certaine conception de la pratique instrumentale : « L’idée que je me faisais d’un professeur de piano était celle d’une personne qui t’apprenait à organiser les sonorités que tu avais en tête et à le retranscrire sur le clavier. Au lieu de ça, il te fait faire des gammes et t’apprend à jouer la musique des autres. Et je ne voulais pas jouer la musique des autres » (“Hans Zimmer : 40 years of music”, Lesley Stahl pour CBS). Ce qui ne l’a pas empêché d’apprendre son Brahms et son Beethoven auprès de sa mère, pianiste de formation.

Ce qui intéresse le jeune artiste allemand, c’est de combiner les sons, de varier les timbres, de créer des effets. Ce que la musique électronique va lui offrir, faisant de l’informatique et des technologies acoustiques ses principaux outils de création, jouant pour des groupes rocks et électro pop lors de son installation en Angleterre dans les années 1970, apportant sa contribution à l’un des morceaux les plus célèbres de la synthpop :  Video Killed the Radio Star des Buggles.

Hans Zimmer trouve un mentor, le compositeur Stanley Myers

Pas question pour autant de bouder la musique orchestrale, qui incarne aux yeux du compositeur un terrain de jeu propice à la captation et à l’exploration de nouveaux sons. Optant de travailler en studio, Hans Zimmer trouvera son mentor en la personne du compositeur Stanley Myers – à qui l’on doit, entre autres, le thème de Voyage au bout de l’Enfer, les bandes originales de L’amant de Lady Chatterley et de Les Sorcières :

C’est avec ce dernier qu’Hans Zimmer se lance dans la composition de musique de film, signant une collaboration à la croisée des genres : « Stanley vient d’un milieu classique. Moi je viens d’un milieu de bluff. […] Quand on fait des films ensemble, on écrit tous les deux la musique. J’arrive toujours en retard au studio, alors j’arrive et Stanley est généralement déjà parti, me laissant une bande son. Je superpose alors quelque chose qui, selon moi, pourrait enrichir le reste » confie Zimmer dans un article de Ralph Denyer pour le magazine Sound on Sound d’août 1986.

Hans Zimmer compose la bande originale de Rain Man

Une expérience qui lui permettra de signer de son nom l’une de ses premières bandes-originales, A World Apart avant de mettre un premier pied à Hollywood avec la composition de Rain Man, film culte de Barry Levinson qui annonce la patte « Zimmer » : éclectisme des genres, hybridation des styles musicaux, utilisation du sampling (échantillons sonores issus de bibliothèques de sons ou d’autres enregistrements), rythme percussif …

 

Commence alors au début des années 1990 une carrière prolifique pour le compositeur qui enchaînera les B.0. de films à grands succès – Miss Daisy et son chauffeurThelma et Louise, True Romance, La Ligne rouge… – sans oublier la bande originale qui aura bercé les oreilles de plusieurs générations de enfants petits et grands : le Roi Lion, film d’animation des studios Disney qui valut à Zimmer l’Oscar de la meilleure musique en 1995.

Il faudra toutefois attendre les années 2000 pour que la « patte » Zimmer devienne le « son » Zimmer, s’imposant comme l’un des nouveaux standards de la musique hollywoodienne. Une esthétique amorcée avec la B.O. du néo-péplum Gladiator de Ridley Scott et rendue emblématique sur les blockbusters réalisés par Christopher Nolan : The Dark Knight, Inception  Interstellar pour ne citer qu’eux.

Mais qu’appelle-t-on le son Zimmer ? Un son épique, grandiose, lyrique, dont la principale –et unique – fonction est de provoquer un plaisir immédiat, une émotion pure. Une sensation physique qui rend palpable ce qui est montré à l’écran, que l’on soit projeté dans un champ de bataille (Gladiator), dans la chaleur du désert (Dune Part I & II de Denis Villeneuve), que l’on assiste à l’émergence d’un super-héros (Superman de Zack Snyder) ou à la découverte d’une autre culture (Le Dernier Samouraï d’Edward Zwick). Une immersion dans l’œuvre qui passe par le sensoriel là où d’autres compositeurs privilégient la narration – John Williams, l’atmosphère – Jerry Goldsmith ou la métrique – Philip Glass – comme vecteur d’émotions.

Une conception musicale qui, loin de créer l’unanimité, ne laisse pas de marbre !

Clément Serrano

 

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