Son portrait imaginaire orne le numéro d’Historia pour septembre : la Kahina, personnage mythique de l’histoire berbère, incarne la résistance de ce peuple à l’invasion des cavaliers arabes.
Le début du 7ème siècle est un moment charnière de l’histoire du Moyen-Orient et du monde, puisque l’Islam, une religion née dans les sables de la péninsule arabique, a transformé des tribus nomades divisées en empire unifié et conquérant. Cette foi très puissante, révélée au prophète Mahomet en 617 dépasse largement les frontières de l’Arabie.
Les cavaliers arabes se confrontent à toutes les forces établies depuis des siècles : l’empire perse sassanide, qui s’écroule très rapidement, et l’empire byzantin, qui tente bien de résister, mais qui n’est plus que l’ombre de lui-même. L’Islam transforme le visage du Moyen-Orient, la Syrie, la Mésopotamie, l’Égypte, la Libye en quelques décennies. Ces armées musulmanes très aguerries, très sûres de leurs forces, sont en train à une vitesse folle de conquérir un nouvel empire.
Une femme à la tête de la rébellion
Le regard du calife n’a pas tardé à se tourner vers l’Ouest, vers la fameuse Ifriqiya, cette terre méconnue peuplée de tribus berbères. Sauf qu’à la différence des autres régions de l’empire omeyyade, la conquête de ces territoires va être nettement plus difficile. C’est dans les chaînes de montagnes du Nord de l’actuelle Algérie, dans les Aurès, que va se manifester la résistance des Berbères. Après un premier triomphe sur l’armée arabe vers 687, c’est désormais une femme qui a pris la tête de la rébellion, La Kahina.
Ses origines se perdent dans les méandres de l’Histoire. Elle est décrite par les auteurs arabes comme une prophétesse de confession juive, voyant dans Kahina le féminin de Cohen, qui signifie prêtre en hébreu. D’autres pensent qu’elle était chrétienne. C’est en tous cas à ses dons de voyance, plus même qu’à ses qualités guerrières, qu’est sensible la tradition, qui la désigne toujours par son surnom arabe, La Kahina, « la devineresse ». Elle est parvenue à unir les tribus berbères sous son commandement.
La méthode de la terre brûlée
Au début des années 690, le calife désigne un général syrien pour remettre de l’ordre dans les affaires de l’Ifriqiya. En 698, lors de la célèbre bataille de l’oued Nini, La Kahina va infliger une défaite sévère à ce général, du nom de Hassan. Les Arabes se replient et laissent un Maghreb qui – pour un temps en tous cas – paraît rester hors de leur portée.
La reine berbère va pratiquer une méthode bien connue de tous ceux qui ont essayé de résister à des invasions, la méthode de la terre brûlée. Il s’agit de priver les conquérants de tout ravitaillement, de tout butin. Mais évidemment ça fait des dégâts, et cela vaut à la Kahina l’opposition de nombreuses tribus qui vont déserter ses rangs. Une nouvelle offensive arabe ne rencontrera pas les mêmes difficultés, car un certain nombre de populations locales en ont assez de devoir se sacrifier.
La Kahina a la tête tranchée
Avant la rencontre décisive entre les forces de la Kahina et celle d’Hassan, les dons de voyance de la reine berbère vont s’exercer. Elle sait que l’issue de la bataille sera funeste. Elle invite ses enfants à se rendre à l’ennemi avant le combat, dans l’espoir de sauvegarder ce qui pourrait l’être du pouvoir du clan. Cette fois la coalition berbère se disloque et Hassan va pouvoir lancer ses escadrons à la poursuite de la guerrière qui devient à ce moment-là une fugitive.
L’ultime combat semble avoir lieu sur le versant méridional des monts du Hodna, non loin de la ville de Tarfa. Et comme elle l’a prédit à la suite d’une vision, La Kahina aura la tête tranchée, emportée pour être présentée au calife. Son corps est jeté dans le puits qui porte son nom, le Bir Al Qaïna. Pour tout vous dire, il existe dans la toponymie africaine des dizaines de Bir Al Qaïna, tant la légende de cette femme est restée ancrée.
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Cette mort marque la fin de la résistance organisée des grandes confédérations berbères. Désormais, il y aura bien des luttes contre l’occupant arabe, mais elle ne sera plus que celle de tribus, qui vont tomber les unes après les autres comme des dominos.
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