Les Français connaissent son visage résigné et son attitude humble sur le célèbre tableau de David : Le Sacre de Napoléon. Mais qui était vraiment le pape Pie VII, élu en 1800, dans la tourmente révolutionnaire ?
Le pape Pie VII s’est rendu sans enthousiasme à Paris pour célébrer le sacre de Napoléon, le 2 décembre 1804. Il reste dans la capitale française pendant encore 4 mois à l’issue de cette cérémonie. C’est l’un des plus longs voyages du Souverain Pontife en dehors de ses frontières, mais il sait qu’il doit renouer ce lien que la Révolution française avait brisé entre le peuple français et Dieu.
Quand Pie VII quitte Paris pour Rome le 4 avril 1805, il est déçu. Il souhaitait obtenir de Napoléon l’assouplissement de certains articles du Concordat, mais l’Empereur des Français ne lui accorde rien. Et quand Napoléon demande au pape l’annulation du mariage de son frère Jérôme avec Elizabeth Patterson, celui-ci refuse.
Cette même année 1805, les Français envahissent Ancône, une ville qui, justement, se trouve dans les États pontificaux. Cela n’arrange en rien les relations entre Paris et le Saint-Siège. En 1806, Napoléon exige que le pape refuse tout contact avec les îles britanniques afin que la péninsule respecte intégralement le blocus continental. Mais là non plus, le pape ne veut pas en parler.
Pie VII refuse de nommer de nouveaux évêques en France
Peu à peu, Napoléon continue à grignoter les États pontificaux. Et en retour, le pape refuse de remplir les tâches que lui confie le Concordat. À partir de 1808, il n’institue plus aucune charge d’évêque, provoquant ainsi la vacance de nombreux sièges épiscopaux. Cela va rendre l’Église de France difficile à gouverner, et ça va durer jusqu’à la fin de l’Empire.
Napoléon ordonne l’occupation de Rome au début du mois de février 1808. Il ne laisse au pape que le palais du Quirinal, situé sur une des collines de Rome et qui domine la Ville éternelle. Le 17 mai 1809, les États pontificaux sont officiellement annexés à l’empire français. En réponse, le pape fait afficher dans Rome, au début du mois de juin 1809, une bulle d’excommunication qui vise les usurpateurs, les fauteurs et les exécutants de la violation de la souveraineté temporelle du Saint-Siège. C’est une façon d’excommunier Napoléon sans le nommer tout à fait.
Le pape est éloigné de Rome pendant plusieurs années
Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, les hommes de Bonaparte pénètrent dans le Palais du Quirinal et veulent faire signer à Pie VII un document qui le fait renoncer à la souveraineté de Rome et de l’Etat. Le pape refuse, bien entendu. Il est alors arrêté. Lorsqu’on lui intime l’ordre de préparer son départ, il n’attrape que son bréviaire. Pie VII ignore encore qu’il sera éloigné de Rome pendant de longues années.
Le souverain pontife commence sa captivité à Savone, à l’ouest de Gênes. Les Français souhaitent maintenir les apparences, et veulent faire croire à tout le monde que le pape est là de sa propre volonté. Installé dans la forteresse, il a le droit de se déplacer en ville, dort dans une chambre confortable avec du beau mobilier. Le balcon est rénové pour ses apparitions publiques, et la cathédrale est restaurée.
Mais Pie VII refuse d’apparaître. Il ne veut ni des honneurs, ni de l’argent qu’on lui propose. Il se confine à l’évêché et ne célèbre pas la messe, protestant ainsi contre sa détention. Mais il prend soin de ne pas agiter l’opinion publique par une prise de position qui pourrait susciter des violences contre les Français.
La nouvelle de l’excommunication de Napoléon commence à circuler
Napoléon, reçoit tous les jours une note sur la santé du souverain pontife. Il compte le faire venir à Paris, au cœur de l’Empire, mais Pie VII refuse toujours de nommer le moindre évêque. Le 10 juin 1812, alors que Napoléon prépare son invasion de la Russie, il ordonne le déplacement du pape à Fontainebleau, en pleine nuit. Il quitte la ville de Savone et prend la direction de la France. Âgé de 70 ans, il est pris de grandes douleurs au moment de traverser les Alpes.
Il frôle la mort et on lui donne les derniers sacrements, mais un médecin des environs parvient à le sauver. Il arrive à Fontainebleau le 19 juin. La nouvelle de l’excommunication de Napoléon, 3 ans plus tôt, a circulé en France. On veut s’assurer que le pape ne soit pas à l’origine d’une trop grande publicité donnée à cette information qu’on a eu tant de mal à dissimuler.
Un retour triomphal du pape à Rome
Le 18 janvier 1813, Napoléon se rend secrètement à Fontainebleau. La légende noire raconte que l’empereur a saisi le pape septuagénaire par les boutons. Il l’aurait secoué si fort que tout son corps aurait remué. En réalité, c’est très peu probable, même si Bonaparte était, c’est vrai, très en colère. L’année suivante, c’est le début de la campagne de France. Les armées coalisées pénètrent l’hexagone, provoquant l’abdication de Napoléon. Et lorsqu’il signe ce document le 2 avril 1814, le pape est déjà sur la route de Rome, où il arrivera le 24 mai 1814. Son entrée dans la Ville Eternelle est un triomphe.
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Le pape conserve toutefois une espèce d’affection pour l’empereur. Il accueille en exil la famille Bonaparte, à commencer par la mère de Napoléon. Il demandera aux autorités anglaises d’améliorer les conditions de captivité de Napoléon, en disant : « il ne peut plus être un danger pour personne. Nous ne voudrions pas qu’il devienne une source de remords ».
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