En 1720, à la tête d’un empire criminel, Cartouche défie la police et la justice du Régent.
Cartouche, ce bandit perçu parfois comme héroïque a aussi été un criminel brutal, au nez et à la barbe du Régent, Philippe d’Orléans, qui gouverne le royaume de France pendant la minorité de Louis XV. L’ennemi public numéro 1 est en effet introuvable. Sauf qu’une rumeur enfle, et commence à ridiculiser le pouvoir : si tous les vols de Cartouche et ses cartouchiens sont impunis, c’est qu’il est de mèche avec le Régent !
Des signalements sont diffusés partout, avec ordre d’interroger les « mouchards », ces infiltrés qui renseignent la police. On promet des récompenses et Cartouche est de plus en plus menacé. Pendant ce temps, le bandit règne sur ses propres troupes par la terreur, n’hésitant pas à faire tuer le fils d’un de ses complices pour dissuader le père d’aller parler. Dans ce climat de paranoïa et de danger, un de ses fidèles va se présenter à la police.
La fin de 8 mois de cavale pour Cartouche
Le 14 octobre 1721, l’homme demande à parler à un officier. Il se dit prêt à révéler où se trouve Cartouche, et obtient en échange d’être gracié. Le célèbre bandit est dans un cabaret avec ses complices. Au moment où il est arrêté, il est en train de raccommoder sa culotte, assis sur un lit. Il sera emmené à pied, pour exhiber la prise aux Parisiens. C’est la fin de 8 mois de cavale pour Cartouche qui ne s’avoue pas vaincu.
On ne parle plus que de lui. Trois pièces de théâtre sont écrites et jouées à la Comédie italienne, au Théâtre français et parfois à guichet fermé ! Pendant ce temps, Cartouche n’a pas renoncé à s’enfuir. Enfermé dans son cachot du Châtelet, il a repéré dans le milieu de la cellule une dalle qui sonne plus creux que les autres. Il arrive à détacher sa chaîne du mur et avec un codétenu, il creuse une fissure autour de la pierre, qui finit par se dessouder.
Ils trouvent une sorte de canal d’évacuation des eaux usées. En élargissant le passage, ils passent par un escalier qui les conduit à une cave. Mais le bruit alerte un chien et soudain une porte s’ouvre sur un homme avec un fusil, qui les met en joue. Ils sont tombés dans la cave d’un marchand de fruits. Voilà comment Cartouche est repris. Il est doublement attaché cette fois, et son procès va commencer.
On lui écrase les jambes et les bras avec des brodequins
Le 17 novembre a lieu le procès de Cartouche et de 44 complices. « Je suis Jean Bourguignon de Bar-le-Duc ! » dit Cartouche, en niant l’évidence. Il manque de se trahir au moment où sa mère est citée comme témoin. Après huit jours, Cartouche et sept de ses complices sont reconnus coupables de meurtres et de vols. Ils sont condamnés à avoir les bras, les jambes et les reins rompus vifs sur un échafaud en place de Grève et mis sur une roue pour y finir leurs jours. Deux autres seront pendus et tous sont soumis à la question pour tenter de leur soutirer des aveux.
Cartouche est donc torturé. On lui écrase les jambes et les bras avec des brodequins. Malgré ces tourments atroces, il tient bon : « je n’ai jamais volé », « je n’ai jamais tué », « je n’ai pas de complices ». Au moment de monter sur l’échafaud, il murmure tout de même « mon père et ma mère sont d’honnêtes gens » et demande à parler au procureur. Il passe vraiment aux aveux, et cela dure longtemps.
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Le lendemain, en place de Grève, une foule énorme se presse pour voir mourir atrocement Cartouche, les os brisés par le bourreau les uns après les autres. Dans les mois qui suivent, 70 de ses complices seront arrêtés, jugés et condamnés. On peut dire de la Régence qu’elle est venue à bout de l’oeuvre criminelle de Cartouche. Mais est-elle venue à bout du mythe populaire, ça c’est une autre histoire…
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