Le maréchal Ney exécuté : Pourquoi certains croient à une mise en scène ?

MARY EVANS/SIPA

« Le brave des braves », comme l’a surnommé Napoléon, a-t-il survécu à son exécution ? Fusillé le 7 décembre 1815 pour avoir rejoint Napoléon pendant les Cent-Jours, il serait apparu en Caroline du Nord aux Etats-Unis 4 ans plus tard, sous le nom de Peter Stuart Ney. 

L’exécution du maréchal Ney répondrait à une mise en scène destinée à camoufler sa fuite. Une personne aurait joué dans cette affaire un rôle absolument décisif : la belle aventurière batave Ida Saint-Elme. A 39 ans, c’est encore une très belle femme aux moeurs légères et aux idées larges. Elle fut la maîtresse du maréchal Ney. Quand elle apprend son arrestation dans la foulée de la défaite de Waterloo, elle entend bien le tirer des griffes des Bourbons.

Il y a beaucoup d’occupants à Paris, notamment les Russes et les Anglais. C’est par l’intermédiaire d’officiers anglais qu’elle est mise en relation avec le grand général britannique Wellington. Le vainqueur de Waterloo n’aurait pas été insensibles aux charmes d’Ida et par ailleurs, le fait que le maréchal soit comme lui, un franc-maçon, a pu l’inciter à une certaine modération vis-à-vis de ce soutien déchu de Napoléon.

Un déroulé précis le jour de l’exécution

Selon ce scénario, Wellington se laisse convaincre et valide un plan osé pour aider le maréchal, au nez et à la barbe des royalistes français. Il prépare son exil secret de France et pour cela, il le fait prévenir dans sa prison de tout ce qu’il va devoir faire s’il a l’intention de survivre. Il va lui falloir être très précis dans son attitude le jour de son exécution.

En ce matin fatidique du 7 décembre 1815, c’est incontestablement le maréchal Ney qui se trouve face aux fusils pointés sur sa poitrine. Il n’y a pas eu de substitution. Il lance sa fameuse phrase « Soldats, droit au coeur », en se donnant un coup sur le torse. Un mouvement plein de panache qui aurait en fait servi à appuyer sur une poche de faux sang cachée sous sa chemise. Les bourreaux, dans la confidence, auraient en réalité tiré à blanc.

Ney s’effondre, le sang gicle et s’étend sur les vêtements du condamné. Bref, l’illusion est parfaite. Un détail que certains vont noter : le maréchal, quand il s’est écroulé, ne s’est pas recroquevillé sur lui même, avec des gestes irrépressibles, mais il est tombé de façon extrêmement droite. Pour tous ceux qui ont assisté à l’époque à des fusillades, ça n’est pas classique. Normalement le fusillé est agité d’un certain nombre de tressaillements, il se recroqueville complètement sur lui-même, et là, ce n’est pas le cas. Il est tombé un peu comme au théâtre et, fait incroyable, il n’y a pas eu de coup de grâce.

Un instituteur américain impressionne par sa maîtrise du français

L’hypothèse est que la substitution est intervenue entre le lieu d’exécution et le cimetière du Père-Lachaise, où on doit inhumer l’ancien maréchal de France. Son cercueil aurait été lesté. Autre élément surprenant : l’enterrement se passe sans cérémonie à 6h30 du matin, et l’épouse du maréchal n’a pas fait le déplacement.

Comment a-t-on pu penser qu’il avait refait sa vie en Amérique ? Plusieurs choses troublantes se sont produites. L’homme au coeur de cette affaire se fait appeler « Peter Stuart Ney », un nom d’emprunt qui pourrait être une forme d’aveu puisque le père de Michel Ney s’appelait Pierre et que sa mère avait des aïeux écossais. Cet instituteur devient une personnalité locale. Il impressionne tout le monde par son aplomb, par son savoir. Certaines de ses cicatrices semblent correspondre à des épisodes glorieux des batailles de l’Empire. Il parle parfois français notamment quand il est énervé ou ému. Enfin sur son lit de mort, il aurait carrément déclaré – en anglais – être le maréchal Ney de France.

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Sa tombe attire un certain nombre d’amateurs de l’histoire impériale et les autorités américaines décident de tirer l’affaire au clair. Une historienne, Dorothy MacKay Quynn, doit trancher l’affaire. Elle s’intéresse au récit de ceux qui ont vu et connu Peter Stuart Ney, et selon elle, aucun n’avance d’élément irréfutable. Elle explique que son entourage ignorait le français, et qu’il était facile pour lui de faire croire à l’authenticité d’un accent que personne n’était en mesure de juger.

Sur ses notes, l’auteur confond parfois les noms masculins ou féminins, exactement le genre de faute que pourrait commettre un anglophone. Quant à la thèse de l’exécution simulée, on peut dire qu’elle a du plomb dans l’aile. De nombreux témoins ont vu l’événement, et le cadavre après l’exécution et parmi eux, plusieurs dizaines de Britanniques. Il est difficile d’imaginer qu’ils aient été bernés par un excellent comédien.

Ecoutez l’épisode de Franck Ferrand raconte en intégralité :

 

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