Surpêche : Dans l’Atlantique, la situation s’améliore, mais reste catastrophique en Méditerranée

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L’état des populations des poissons pêchés en France s’améliore avec près de 60% des poissons issus de la pêche durable. Mais la surpêche est loin d’avoir disparu. Certaines populations s’effondrent, c’est ce qui ressort du dernier bilan de l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

Les pêcheurs respectent mieux les quotas de pêche

56% des volumes de poissons pêchés l’an dernier en France étaient issus de population en bon état ou en cours de reconstitution. 56% contre 15% seulement il y a 20 ans, une amélioration qui est significative et qui ne doit rien au hasard. Selon Alain Biseau, le coordinateur des expertises halieutiques à l’Ifremer : « nous les scientifiques, avons amélioré nos connaissances sur beaucoup de ressources exploitées. On a aussi amélioré nos diagnostics et donc les recommandations que l’on peut faire. Et puis le 2ème maillon de la chaîne, ce sont les décideurs, les ministres de l’Union européenne qui prennent des décisions et qui sont probablement plus en phase avec la recommandation des scientifiques ».

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C’est grâce aussi aux pêcheurs qui respectent mieux les quotas et qui ont amélioré leurs pratiques pour ne pas pêcher les plus petits poissons. Pour certaines espèces, c’est une renaissance. C’est le cas par exemple, du thon rouge de Méditerranée ou encore du merlu du Golfe de Gascogne : « c’était une population qui était en très mauvais état à la fin des années 90, la Commission européenne a mis en place un plan d’urgence avec des mesures qui allaient d’une diminution très forte des quotas à des fermetures de zones à la pêche au chalut notamment. Et on a vu assez rapidement une amélioration très forte de la situation de cette population de merlus, au point qu’on trouve maintenant des très gros merlus sur les étals des poissonniers. Ce sont des poissons qui sont maintenant très peu chers alors que c’était presque un poisson de luxe il y a quelques années ». 

11% des poissons débarqués en France restent surpêchés

Parmi les poissons qui se portent bien aujourd’hui, il y a la coquille Saint-Jacques de la Manche, le merlan de la mer du Nord et l’églefin de la mer Celtique. Mais 11% des poissons débarqués en France restent surpêchés et 10% proviennent même de populations considérées comme effondrées. En Méditerranée par exemple, aucune espèce évaluée n’est considérée aujourd’hui, en bon état. Selon Philippe Cury, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement : « si en Atlantique on a vraiment fait des efforts qui sont en train de se concrétiser. En mer Méditerranée, je dirais que c’est vraiment catastrophique. Aujourd’hui, on assiste à quelque chose de paradoxal, c’est-à-dire que l’on diminue le nombre de bateaux mais l’abondance du poisson est tellement faible qu’ils n’arrivent pas à se reconstituer. C’est vraiment le syndrome de la surexploitation qui amène à une mer qui se vide de ses poissons ».

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Le merlu de Méditerranée est ainsi considéré comme effondré. Le chinchard d’Atlantique est surpêché et ses populations dégradées. Le cabillaud en mer du Nord s’effondre lui aussi. La surpêche n’est pas la seule en cause, il y a aussi le réchauffement climatique. « C’est une espèce qui est en limite sud de sa répartition et qui est donc très sensible à un réchauffement de la température de l’eau. On a une baisse très forte de la productivité de l’espèce. On a aussi un problème de surpêche assez récurrent donc les deux se conjuguent, mais si on ne capture plus de cabillaud du tout, on n’est pas certain que la population se rétablisse du fait de ces conditions environnementales défavorables » affirme Alain Biseau. Le changement climatique est en cause aussi, dans la taille des sardines de Méditerranée. Elles sont de plus en plus petites car le plancton favorable à leur croissance est moins riche. En quelques années, leur taille est passée de 15 à 11 centimètres. Plus aucune sardine ou presque, n’est pêchée en Méditerranée.

Baptiste Gaborit 

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