L’exposition des femmes enceintes à un cocktail de polluants perturbe le développement neurologique des fœtus. C’est la conclusion d’une étude internationale majeure, publiée en fin de semaine dernière. Les perturbateurs endocriniens retardent notamment l’acquisition du langage chez les enfants.
Ces enfants présentaient des scores plus faibles aux tests de QI
Les scientifiques d’une vingtaine de laboratoires européens et américains, ont suivi pendant des années une cohorte de plus de 1 800 femmes enceintes Suédoises puis leurs enfants. Ils ont effectué des prélèvements réguliers sur ces femmes pendant leur grossesse pour estimer leur exposition à différents polluants, avant de constater l’effet de cette exposition sur les enfants âgés de 30 mois. Selon Barbara Demeneix, biologiste, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, co-autrice de cette étude : « normalement un enfant de 30 mois parle à peu près 100 à 250 mots. Mais chez ces enfants-là on a remarqué un retard de langage qui se chiffre à 50 mots ».
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Ainsi, 10% des enfants nés de cette cohorte prononçaient moins de 50 mots à l’âge de 30 mois, surtout ceux nés des femmes les plus exposées au cocktail de polluants. Puis, ils présentaient plus tard, des scores plus faibles aux tests de QI. Sont en cause donc, des perturbateurs endocriniens et des substances chimiques de 3 types : « on a regardé les plastifiants mais aussi le BPA et les perfluorés. On est tous exposés par la nourriture, par l’eau que l’on boit et par l’atmosphère que l’on respire ».
Les scientifiques ont testé ces polluants sur des cellules souches humaines et sur des animaux
Les phtalates et le BPA (bisphénol A), sont des plastifiants que l’on retrouve dans beaucoup d’emballages plastiques, y compris au contact d’aliments. Les composés perfluorés sont des substances anti adhésives très répandues dans les ustensiles de cuisine par exemple et dans les vêtements. Ce mélange de polluants a ensuite été recréé par les scientifiques pour le tester en laboratoire sur des cellules souches humaines et sur des animaux pour comprendre l’impact de ces polluants qui affectent l’hormone thyroïdienne maternelle. « L’hormone thyroïdienne était la première hormone affectée par les différentes analyses que l’on a faites. Elle est pourtant absolument essentielle pour le développement du cerveau chez un jeune enfant et donc ça n’est pas étonnant qu’il y ait eu un retard de langage chez les enfants affectés » affirme Barbara Demeneix.
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Ces résultats illustrent évidemment le danger de ces produits et la nécessité selon les scientifiques, de revoir les méthodes d’évaluation des risques : « cela montre effectivement, le niveau de régulation qu’il manque. L’effet cocktail n’est pas pris en compte dans la réglementation actuelle d’où le fait qu’il faut absolument que des régulateurs appliquent une meilleure compréhension des mélanges ». Les chercheurs poursuivent leurs travaux et devraient publier dans les prochains mois, d’autres résultats notamment sur l’impact de ces polluants sur le poids des bébés à la naissance.
Baptiste Gaborit