Guerre en Ukraine : En attendant un éventuel embargo, le gaz russe arrive massivement en Europe

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L’Europe a promis à terme de se passer totalement de gaz russe. Les importations devraient même être réduites des 2/3 dès l’hiver prochain. Mais en attendant, le gaz russe arrive massivement en Europe, y compris par des livraisons par bateaux de GNL, du gaz naturel liquéfié.

L’Union européenne n’accepte plus les navires battant pavillon russe, sauf ceux transportant du gaz ou du pétrole

Ce GNL, gaz naturel liquéfié arrive depuis le site de Yamal situé en Arctique. 15 méthaniers brise-glace assurent les rotations entre le site et les ports européens. La guerre en Ukraine n’a pas freiné les arrivées, au contraire selon l’ONG Robin des Bois qui suit le trajet de ces méthaniers. Le porte-parole de l’ONG Jacky Bonnemains explique même avoir observé une accélération de la livraison de gaz russe : « notamment à Dunkerque et surtout à Montoir-de-Bretagne, dans l’estuaire de la Loire ». La valse des bateaux se poursuit, avec le mois dernier, des opérations de transbordement observées par l’ONG Robin des bois : des méthaniers brise-glace russes transférant en pleine mer au large de Mourmansk leur cargaison sur d’autres méthaniers. « C’est une tactique pour blanchir le gaz sibérien », explique Jacky Bonnemains, « pour éviter des immobilisations des navires transportant du gaz russe dans les ports européens et dans les ports français ».

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Néanmoins, la situation a été clarifiée, puisque l’Union européenne a décidé de plus accepter les navires battant pavillon russe, sauf ceux transportant du gaz ou du pétrole. Les terminaux méthaniers français tournent à plein régime et n’accueillent d’ailleurs pas que du gaz russe, puisque La France a été le premier importateur mondial de gaz liquéfié américain le mois dernier avec 16 méthaniers qui sont arrivés en mars.

 

Il y a aujourd’hui trop peu de GNL pour satisfaire tout le monde

La France aimerait accueillir un 5ème terminal méthanier, flottant, et qui serait installé dans le port du Havre. Un terminal flottant, c’est un navire qui se charge de regazéifier le GNL puis de l’injecter dans le réseau. Thierry Bros, professeur à sciences-po Paris, spécialiste du marché de l’énergie explique cela ne résout pas le problème de l’offre, avec aujourd’hui trop peu de GNL pour satisfaire tout le monde : « les molécules ne sont pas disponibles, on va essayer petit à petit de produire un peu plus, mais ça n’aboutira pas dans les 18 prochains mois. Il faut au moins 5 ans pour construire une unité de liquéfaction ». La seule solution pour obtenir plus de livraisons est de payer plus cher pour détourner des quantités de gaz initialement destinées à d’autres pays. Cela ne devrait pas encore limiter les importations : « nous aurons des arrivées record de bateaux en Europe au mois d’avril » prévenait d’ailleurs la semaine dernière sur Radio Classique le patron d’Engie Jean-Pierre Clamadieu.

Baptiste Gaborit

 

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