Agriculture : Les plantes du désert pourraient mettre fin aux problèmes de sécheresse

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Des plantes arrivent à survivre dans le désert le plus inhospitalier de la planète. Des scientifiques français se sont intéressés au désert d’Atacama en Amérique du Sud et ont trouvé des stratégies de résistance communes à toutes ces plantes. Ces moyens de défense pourraient grandement nous être utiles face au réchauffement climatique.

Ces plantes survivent dans un désert 50 fois plus sec que la vallée de la Mort en Californie

Le désert d’Atacama s’étend sur plus de 100 000 km2 entre le nord du Chili et l’extrême sud du Pérou. Cette étendue est souvent présentée comme le désert le plus aride de la planète. Pierre Pétriacq, spécialiste en biochimie et chercheur à l’INRAE de Bordeaux, nous explique pourquoi ce lieu est favorable à des recherches scientifiques : « ce désert est des plus extrêmes. Il est 50 fois plus sec que la vallée de la Mort en Californie, et présente des facteurs environnementaux inhospitaliers. On pensait donc que l’endroit était propice afin de voir comment les plantes survivaient dans de telles conditions ».

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En effet, ce désert cumule des conditions environnementales extrêmes tels que la sécheresse, l’altitude et un sol pauvre en azote. Les scientifiques ont collecté 24 espèces de plantes très diverses. Certaines sont proches des céréales, d’autres de la tomate ou d’espèces bien plus exotiques comme le cactus. Les chercheurs ont mené une analyse chimique de ces plantes pour mesurer les métabolites. Ces petites molécules sont présentes chez toutes les plantes et mettent en évidence des marqueurs moléculaires liés à l’environnement : « on arrive à mettre en évidence des composés chimiques qui prédisent le comportement d’un organisme dans un environnement. Ces marqueurs sont associés à la résistance d’un stress extrême ».

 

Cette étude pourrait conduire à développer des espèces végétales plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse

Au total, les scientifiques ont identifié 39 molécules communes à toutes ces espèces. Ces molécules permettent de prédire l’environnement dans lequel elles vivent et de détecter des facteurs comme l’altitude, le stress hydrique ou encore les variations de température : « l’étude montre que dans cette grande diversité de plantes, il existe une boite à outils métabolique commune ». Non seulement ces marqueurs moléculaires sont présents chez toutes les plantes mais en plus les espèces du désert d’Atacama développent des stratégies d’adaptation : « ces plantes accumulent des procédés chimiques qui vont leur permettre de résister aux rayons UV, d’augmenter leurs énergies ou de se défendre face à des nuisibles ».

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Il est donc possible que ces résultats facilitent le développement de nouvelles espèces végétales plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse. Par exemple pour des espèces qui sont cultivées sous nos climats tels que les céréales ou les tomates : « c’est un gain de temps considérable car grâce à cette étude les marqueurs moléculaires résistants aux conditions extrêmes sont identifiés. Il faudrait donc trouver d’autres variétés qui produisent ces molécules et les tester dans un milieu contrôlé ». Cela pourrait, grâce à la sélection variétale et à la génétique, permettre à la vigne de développer des espèces plus résistantes au gel. Cette découverte peut donc accélérer considérablement des processus déjà mis en œuvre mais qui prennent normalement plusieurs années à se développer.

Baptiste Gaborit

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