Alors que les négociations dans la grande distribution se terminent ce week-end, le PDG de Carrefour Alexandre Bompard était l’invité de la matinale. Il s’interroge sur « l’opprobre » jetée sur le secteur et estime que la grande distribution est « le bouc émissaire parfait » des politiques. Il dénonce le poids législatif (20 lois en 30 ans) et les tentatives d’intervention politique dans un domaine qui selon lui se porte mieux lorsqu’il a les mains libres.
Comment expliquez-vous que d’année en année, vous passiez du temps à répondre aux questions des parlementaires sur le secteur de la distribution, ce qui est quelque chose d’assez unique au monde ? Il n’y a que la France qui demande des comptes à la distribution.
ALEXANDRE BOMPARD : Oui, on a dû faire 20 lois en 25 ans pour réguler les relations commerciales. Pour vous donner un ordre d’idée, comme [Carrefour est présent dans une] quarantaine de pays, en général, dans les 39 autres, il y a eu entre 0 et 1 loi. Est-ce que ça va mieux dans ces pays ? Oui. Est-ce que les relations commerciales sont plus apaisées ? Oui. Est-ce que les agriculteurs vont mieux ? Oui.Je vais intervenir le 25 mars lors d’une 8ème commission en 8 ans. Comme je l’ai dit hier aux parlementaires, je suis toujours très heureux de venir dialoguer avec eux. Ce que je trouve toujours un peu confondant, et d’ailleurs j’ai utilisé le terme hier, c’est cette opprobre jetée sur la grande distribution.
Vous avez une explication ? Est-ce qu’à un moment donné le secteur n’a pas péché ?
A.B. : Vous avez raison. Quand vous avez une situation comme ça, vous avez toujours historiquement une responsabilité. Je pense qu’on a mal expliqué notre rôle, qu’on n’a pas assez communiqué sur ce qu’on faisait dans les territoires, sur la manière dont on travaillait avec le monde agricole. Mea culpa collectif de long terme.
Alexandre Bompard : « La grande distribution n’est pas au cœur du mécontentement des agriculteurs »
Mais je pense que la grande distribution, c’est le bouc émissaire parfait. Vous avez une agriculture qui est en difficulté dans plein de filières : excès de normes, excès de coûts, excès de lois. Nous avons 30 000 partenaires dans le monde agricole. Je ne vous dis pas que la relation est toujours facile, mais la réalité, c’est qu’on est un partenaire de long terme. Quand vous écoutez les agriculteurs en ce moment, ils ne vous parlent pas de la grande distribution. En réalité, ils vous parlent des normes, des coûts, des lois, du Mercosur, de tous ces sujets-là.
De temps en temps, ils vont dans un magasin Carrefour ou un autre d’ailleurs et ils manifestent d’une façon toujours pittoresque leur mécontentement. Ça peut arriver.
A.B. : Ça peut arriver mais ce n’est pas le cœur de leur mécontentement. Leur crise, ce n’est vraiment pas celle-là. Et donc en effet, c’est le bouc émissaire parfait.
Je disais hier à la présidente et au rapporteur de la commission : je discute avec des groupes internationaux : Coca-Cola, PepsiCo, Henkel, Procter & Gamble. Ces gens-là se demandent pourquoi les pouvoirs publics français prennent systématiquement leur parti contre des acteurs qui, eux, sont français.
C’est la régulation à la française ?
A.B. : C’est la sur-réglementation à la française. Carrefour, c’est français, Leclerc, c’est français, Intermarché, c’est français. Le commerce est une activité de liberté. Liberté de faire un assortiment, liberté de fixer un prix, liberté de négocier. Il n’y a qu’en France et dans d’autres contrées dont je ne crois pas qu’on ait envie de ressembler, qu’on a cette envie de tout réguler.
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Au fond, de temps en temps, quand j’écoute quelques parlementaires, j’ai l’impression qu’ils voudraient fixer les prix eux-mêmes. Mais le prix administré, ça ne fonctionne pas. Il y a un seul pays qui le met en place, vraiment avec beaucoup d’attention, c’est le Venezuela. Il y a 91 % de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Je ne crois pas que c’est ça qu’on veuille pour notre pays.
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