« C’est ma décision personnelle » : François Villeroy de Galhau dément les rumeurs d’agenda politique

ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, était l’invité de la matinale. À la tête de l’institution depuis 2015, il vient d’annoncer qu’il quittait son mandat avant terme. Un calendrier qui a donné lieu à des rumeurs, liées à une supposée volonté d’Emmanuel Macron de placer quelqu’un d’autre à ce poste. Des bruits qu’il a fermement écartés. Il a justifié cette décision « personnelle » par le projet qui lui tient à cœur : prendre la présidence de la fondation des Apprentis d’Auteuil dès le mois de juin. 

C’est avec émotion et détermination que François Villeroy de Galhau a expliqué sa démission de la Banque de France, où il aura passé près de onze ans. « J’ai répondu à un appel pour une belle mission lancée par une belle personne. La mission, c’est la fondation Apprentis d’Auteuil, la plus grande fondation sociale en France dans le domaine de l’aide à l’enfance et de la formation des jeunes en difficulté. C’est une cause qui me touche beaucoup. Et la personne, c’est Jean-Marc Sauvé », insiste-t-il, rendant hommage à son prédécesseur et à l’engagement social de l’institution.

Il revendique la liberté de ce choix, mûrement réfléchi : « J’ai pris cette décision, c’est ma décision personnelle en homme libre. » Ce départ n’est pas sans émotion : « Maintenant, pour vous le dire, ça ne sera pas facile de quitter la Banque de France, c’est la plus belle mission que j’ai exercée dans ma vie de serviteur public. » Il souligne toutefois que la transition est préparée : « D’ici juin, nous aurons franchi une série d’étapes stratégiques. »

François Villeroy de Galhau : « La croissance en France est résiliente »

Au cœur de son analyse, François Villeroy de Galhau se veut précis et nuancé sur la situation économique nationale. « Nous faisons chaque mois une enquête de conjoncture de terrain auprès de 8 500 entrepreneurs dans tous les secteurs. Début février, c’est un peu meilleur que ce que nous attendions. » Il note que les chefs d’entreprise ont jugé le mois de janvier meilleur que prévu et anticipent une poursuite de la croissance en février. « La croissance en France est résiliente, je ne vais pas dire qu’elle est suffisante », tempère-t-il, précisant que l’industrie, notamment la défense et l’aéronautique, tire l’économie.

Pour le premier trimestre, il table sur une croissance comprise entre 0,2 et 0,3 %, confirmant la prévision d’1 % sur l’année. Si ce chiffre n’est « pas exceptionnellement brillant », il rappelle qu’« il y a un an ou 18 mois, tout le monde craignait une récession. Nous sommes nettement au-dessus de ça. » Il rend hommage au « courage des chefs d’entreprise et des Français qui travaillent », tout en reconnaissant que « l’incertitude internationale et nationale pèse sur le moral collectif des chefs d’entreprise. Mais individuellement, ça va plutôt mieux. »

La légère remontée du chômage au quatrième trimestre ne l’inquiète pas outre mesure. Pour l’expliquer, il précise : « Le taux d’emploi à 70 % est le plus élevé que nous ayons jamais eu dans notre histoire. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a plus de gens qui viennent sur le marché du travail, notamment plus de jeunes. » Il attire cependant l’attention sur un point : « Il y a un petit signal d’attention sur les nouvelles embauches des jeunes à regarder de près », en raison d’une baisse des contrats d’apprentissage et d’alternance, conséquence de la réduction de certaines subventions.

Entre Europe et G7, l’innovation se dessine

Sur le plan européen, François Villeroy de Galhau plaide pour une action plus rapide et plus visible, dans le sillage du rapport Draghi. « Il faut aller plus vite et plus fort. Nous le disons, les 21 gouverneurs des 21 pays. Ce signal d’unanimité est très significatif. » Il propose de fixer une date, à l’image de Jacques Delors pour le marché unique, afin de mobiliser l’ensemble des acteurs : « Je propose le 1er janvier 2028 ou dans l’année qui suit, mais en tout cas pendant les années de l’actuelle administration américaine. » Il insiste sur la nécessité de « mobiliser l’épargne privée pour les fonds propres des entreprises », rappelant que l’Europe dispose d’une ressource abondante mais encore sous-exploitée. « On a un retard de fonds propres en Europe et d’énormes besoins d’investissement : le numérique, l’énergie décarbonée ou la défense. »

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À l’approche du sommet du G7 en France, qu’il coprésidera avec Roland Lescure, François Villeroy de Galhau insiste sur l’importance de « garder un dialogue franc, exigeant, mais ouvert avec nos collègues américains ». Il mentionne les grands sujets à l’ordre du jour : « les déséquilibres mondiaux, la réglementation des cryptos ou des paiements, la lutte contre le risque cyber et, n’oublions pas, le changement climatique et les événements météorologiques extrêmes. » Il conclut avec émotion : « Pas de regret, mais une difficulté personnelle, mes émotions n’ont pas de place par rapport à l’intérêt général. Ça sera difficile de quitter les hommes et les femmes de la Banque de France. Nous avons beaucoup fait ensemble et je crois transformer cette grande institution publique. »

Daphnée Cataldo

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