Affaire Markovic : « Alain Delon n’a probablement pas dit tout ce qu’il savait » selon le journaliste Hervé Gattegno

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Dans son livre-enquête « Un cadavre sur la route de l’Elysée, les derniers secrets de l’affaire Markovic » (Flammarion), Hervé Gattegno, directeur de la rédaction de Radio Classique éclaire les zones d’ombre d’une histoire qui, d’un fait divers impliquant la mort du garde du corps d’Alain Delon, est devenue un véritable scandale atteignant les plus hautes sphères de l’Etat. Il nous raconte les coulisses de sa longue enquête sur cette affaire qui a marqué l’histoire de la Ve République.

Quelles sont les raisons qui vont ont poussé à consacrer un livre à l’affaire Markovic, plus d’un demi-siècle après les faits ?

En tant que journaliste d’investigation, je me suis aperçu au fil des années qu’aucune des affaires sur lesquelles j’écrivais ne valait l’affaire Markovic. Il est rare qu’un crime de sang s’invite dans une affaire politique.

Dans cette histoire, le monde du cinéma et de l’espionnage sont également impliqués : il s’agit d’un incroyable roman noir dont l’énigme criminelle n’a toujours pas été résolue.

Un thriller policier et politique

Par ailleurs, le fait que cette affaire ait fait émerger une rumeur inventée de toutes pièces pour compromettre un homme politique rend cette histoire passionnante. Elle l’est d’autant plus lorsque l’on connaît l’importance du personnage politique concerné : Georges Pompidou, qui était à l’époque des faits l’ancien premier ministre de Charles de Gaulle et le prétendant le plus sérieux à sa succession.

Cette double histoire m’a toujours fasciné car elle comporte à la fois un thriller policier et un thriller politique. A mon sens, cela fait de l’affaire Markovic la plus fascinante de toutes les affaires de la Ve République.

Quels ont été les moments marquants de votre enquête ?

Il y a d’abord eu une enquête « sans le savoir » pendant des années. J’ai lu tout ce qui existait sur cette affaire et ai pris des notes. Ensuite, j’ai pris la décision d’écrire le livre en 2021. J’ai classé tout ce dont je disposais et j’ai commencé mon travail d’enquête, en faisant des démarches officielles auprès du service des archives de l’Etat, auprès de l’avocat Roland Dumas, de l’ancien Premier ministre Edouard Balladur, etc… Il s’agissait de la véritable phase d’enquête, une étape presque archéologique.

J’ai retrouvé des archives très anciennes qui ont suscité chez moi des émotions : lorsque j’ai ouvert le carton des archives du ministère de la Justice et je suis tombé sur des piles de vieux papiers jaunis, avec des agrafes rouillées et des papiers collés par l’humidité, j’ai eu la sensation physique d’être le premier à lire ces documents enfermés dans un carton pendant des décennies ! C’est pour un journaliste un sentiment assez particulier.

Vous n’avez pas pu vous entretenir avec Alain Delon, est-ce que vous le regrettez ?

De manière générale, je n’ai pas beaucoup de regrets. Je suis très content d’avoir pu réaliser ce vieux rêve d’écrire ce livre. Mais j’aurais aimé pouvoir parler avec Alain Delon, qui a malheureusement refusé ma demande.

Après avoir écrit mon livre, je suis convaincu qu’Alain Delon n’a probablement pas dit tout ce qu’il savait sur la mort de Markovic. Il reste des zones d’ombres à la fois dans sa relation avec le Yougoslave et dans son comportement durant la période du crime, dans celle qui l’a précédé et celle qui l’a suivi.

Les calomnies visant les politiques ont empiré depuis l’Affaire Markovic

Pensez-vous que certaines choses se passeraient autrement si l’affaire éclatait aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la mise au pilori sur les réseaux sociaux, l’accélération et les dérives du système médiatique sont telles que la mise en cause par une « fake news » d’un personnage aussi important que Georges Pompidou ferait des dégâts probablement irréparables. L’un des enseignements de cette affaire est qu’il faut faire attention à la façon dont les mises en cause surgissent.

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Cette façon de répandre des calomnies sur les personnages publics et sur les hommes de pouvoir peut être absolument dévastatrice. Il s’agit non seulement d’une constante, mais même d’un phénomène qui s’est aggravé depuis l’affaire Markovic.

Propos recueillis par Paul Cassedanne

 

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