« The White Lotus » et « Emilia Pérez » filmés à Bry-sur-Marne : ces plateaux de tournage français jouent dans la cour des grands

Crédit : Laurie-Anne Toulemont

Le Sommet Lumière, une sorte de « Davos du cinéma », s’est ouvert ce lundi à Saint-Paul-de Vence… Universal, Netflix, Google, Paramount, Canal+ : ils sont tous là, pour l’évènement organisé par la France et la Corée du Sud à la Fondation Maeght près de Nice. Pour la première fois, plateformes payantes et monde du cinéma, des séries et des jeux vidéo se retrouvent pour faire face à la crise de l’audiovisuel. Une tentative de multilatéralisme alors que le leadership d’Hollywood vacille. Malgré une rude concurrence, la France redevient une terre de tournages. Exemple aux Studios de Bry, à Bry-sur-Marne en région parisienne.

Ecoutez le reportage de Laurie-Anne Toulemont :

 

 

Silence, on tourne, ce jour-là, sur l’un des plateaux des Studios de Bry. Une série hospitalière est en plein tournage : « On a reconstitué une maternité sur 1 000 m². C’est pour une série télé qui sera diffusée sur Netflix et qui est produite par Mediawan », explique le président des studios, Guillaume de Menthon.

Les équipes de la série américaine The White Lotus, qui ont tourné à Bry-sur-Marne pendant quatre mois, viennent de partir : « Il y avait le penthouse du Martinez. La semaine d’avant, il y avait l’immeuble de Jean Valjean, les appartements de Marie-Antoinette, une navette spatiale… Et c’est extraordinaire, aucune semaine ne ressemble à l’autre ». Il présente successivement les plateaux et les ateliers : peinture, sculpture, menuiserie, serrurerie, tapisserie.

Les Studios de Bry vont doubler leur surface en 2027

Inaugurés il y a près de quarante ans, les Studios de Bry ont failli être détruits avant d’être rachetés en 2023 par Guillaume de Menthon avec un fonds d’investissement d’Axa.

« Mon cadeau, quand je suis arrivé ici, c’est Jacques Audiard qui nous l’a offert, puisqu’il a tourné en juin 2023 Emilia Pérez. Les deux heures au Mexique ont été entièrement tournées à Bry-sur-Marne. »

 

À l’extérieur des studios de Bry, des grues et des ouvriers s’activent.

« Ça, c’est un nouveau plateau. Et puis là, cette rue que vous voyez, ça va être une rue construite, un village dédié à la production de séries et de films. »

En avril prochain, la surface des studios va doubler, raconte le directeur, Pascal Bécu :

« Jusqu’à maintenant, on avait sept plateaux et on pouvait absorber deux ou trois productions un peu importantes. Avec quatorze plateaux, on va pouvoir s’ouvrir à beaucoup plus de projets. Ça m’est arrivé plusieurs fois, malheureusement, de refuser une production parce qu’on n’avait pas la capacité d’accueil pour deux productions américaines en même temps. »

La fin des projets américains et la concurrence de nos voisins européens

20 % des productions sont étrangères et la quasi-totalité sont américaines. Mais la concurrence est rude, explique Guillaume de Menthon.

« Ça fait deux ans qu’on n’a plus un seul projet américain. Il faut savoir que les projets américains [représentent] 98 % du volume des projets étrangers qui viennent se tourner en France. Donc c’était une catastrophe. Il y a un combat terrible entre les différents pays pour accueillir ces projets internationaux. La France est en permanence en compétition avec l’Italie, avec l’Espagne, avec l’Allemagne, et avec l’Angleterre, bien sûr. »

Car le crédit d’impôt international n’était pas assez attractif comparé aux autres pays européens. Ce dispositif fiscal permet une prise en charge par l’État de 30 à 40 % des dépenses des films étrangers tournés en France. Le député Renaissance Denis Masséglia est l’auteur d’une mission d’information sur ce crédit d’impôt.

« Les paysages ne sont plus l’alpha et l’oméga du choix d’un film. Il suffit, par exemple, de prendre une ou deux journées, de faire des vidéos de telle ou telle ville, et après de les intégrer autour des acteurs. Donc la réalité, c’est que vous faites un devis, vous regardez dans quel pays il coûte cher et, en fonction, vous faites le choix. Le premier tri, c’est l’attractivité économique. La compétence n’est aujourd’hui plus suffisante pour attirer les films étrangers en France. »

Le prequel de Ocean’s Eleven va se tourner en France, une victoire

Malgré la crise politique lors de l’adoption du dernier projet de loi de finances, les parlementaires ont corrigé le tir. Depuis février dernier, les cachets des acteurs sont pris en compte dans le dispositif fiscal. Un soulagement pour Guillaume de Menthon.

« C’était complètement idiot parce que, quand un comédien américain touche un salaire, il paie immédiatement une retenue d’impôt qui rembourse intégralement le crédit d’impôt international. Il y a le prequel de Ocean’s Eleven qui se tourne en France, et ça, c’est une victoire. Il était prévu au départ en Italie et, grâce notamment au changement des règles du crédit d’impôt international, on a pu faire revenir ce projet en France. Un projet à 100 millions, c’est des retombées économiques avec un coefficient 5, donc c’est à peu près 500 millions. Si vous rajoutez l’impact touristique d’un White Lotus, vous êtes quasiment à 700, 800 millions. »

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Reste un problème majeur : le crédit d’impôt international doit prendre fin en 2028. Pour le prochain budget, les professionnels du cinéma français espèrent que le dispositif deviendra pérenne.

Laurie-Anne Toulemont

 

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