Lohengrin à l’Opéra de Paris : Une mise en scène du Russe Serebrennikov inspirée par la « guerre terrible » en Ukraine

Petros Giannakouris/AP/SIPA

C’est l’une des productions les plus attendues de la rentrée : Lohengrin de Richard Wagner à l’Opéra de Paris, mis en scène par Kirill Serebrennikov. A partir du 23 septembre et pour 10 représentations, les spectateurs découvriront la version de l’opposant au régime de Poutine.

L’artiste russe aux talents multiples est réalisateur de films et metteur en scène de théâtre. Pour la première fois, il travaille en collaboration avec l’Opéra de Paris. Ses décors pour Lohengrin évoquent tous la guerre : un immeuble effondré, des barbelés, des hommes blessés, amputés, sonnés par la violence d’une attaque. Elsa, l’héroïne, est en plein délire sur son lit d’hôpital tandis que des soldats déplacent des sacs mortuaires.

Cette scénographie résonne forcément avec l’actualité, l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « Cette guerre terrible, criminelle, je n’arrête pas d’y penser », souffle Kirill Serebrennikov. « Cette guerre, et en général la souffrance des gens, leur frustration, leurs traumatismes, pendant et après la guerre, tout cela m’a fait créer cette version de Lohengrin ».

La Russie, un pays perdu et verrouillé

Serebrennikov évoque une « guerre criminelle » contre l’Ukraine, mais aussi une « guerre suicidaire » pour la Russie. Le metteur en scène russe n’hésite pas à parler de son pays comme « perdu et verrouillé », et décrit une population qui ne parvient plus à se projeter : « Ils ont détruit le concept de futur. C’est très dangereux : si demain n’existe pas, c’est l’obscurité ». Cette période sombre pourrait durer plusieurs années, Kirill Serebrennikov prédisant même « qu’après Poutine, il y aura un autre Poutine ».

C’est le deuxième opéra de Wagner auquel s’attaque l’artiste après Parsifal. Produit en 2021 pour l’Opéra de Vienne, Kirill Serebrennikov avait à l’époque dû faire la mise en scène à distance, alors qu’il était assigné à résidence à Moscou. Une gageure ? Pas tant que ça : « La musique de Wagner ressemble à celle des blockbusters. Elle donne beaucoup de possibilités pour la direction, la mise en scène et l’imagination ».

Serebrennikov prépare une mini-série adaptée du Fantôme de l’Opéra

Depuis le printemps 2022, Kirill Serebrennikov a quitté la Russie et vit à Berlin un exil sans regret : « C’était la bonne décision. Il faut pouvoir se sauver soi-même pour aider les autres. C’est comme dans l’avion : d’abord on met le masque à oxygène pour soi-même, puis après à l’ enfant ».

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L’artiste incite d’ailleurs les Russes à être « honnêtes avec [eux-mêmes] » et à faire de leur mieux pour sauver leur vie. « Ne vous sentez pas coupable, mais sentez-vous responsable de tout ce qui se passe autour de vous : c’est ça, la position de l’artiste ». Le metteur en scène, qui poursuivra sa collaboration avec l’Opéra de Paris pour une mini-série adaptée du Fantôme de l’Opéra appelle à vivre dans le moment : « Carpe Diem ».

Laurie-Anne Toulemont

Retrouvez l’interview de Kirill Serebrennikov :

 

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